CHAPITRE 6 - LE CONTRAT

I

Deux semaines après la fin de l’événement désormais connu sous le nom de Répression de Kantour, Ilm reçut une première lettre de proposition d’une faction pour participer aux Jeux. Sa réputation était désormais acquise au-delà même du corps militaire, et on lui avait trouvé le surnom d’épéiste sanglant. Depuis la première fois qu’il l’avait entendu, il se faisait régulièrement la réflexion que sabreur invisible aurait davantage collé à la réalité – et d’une manière générale, il ne s’y accommodait guère. Mais le but était atteint.

Désormais promu caporal-chef, il était dispensé des cours de base et ne se rendait qu’aux entraînements physiques. Il était toujours un soldat du rang, mais il était désormais aussi craint et respecté qu’un capitaine, et son nom était aussi connu que celui d’un général.

Le sergent Birghir l’appela dans son bureau le jour où il reçut la première lettre. Se demandant d’abord comment il pouvait être au courant, Ilm se fit ensuite la réflexion que tout courrier devait être examiné par le personnel compétent avant d’arriver entre les mains du destinataire, afin de prévenir tout risque de fuite d’information ou d’infiltration intérieure. C’était pour cette raison qu’il avait dû cacher une fine enveloppe en papier camouflé sur lui pour ensuite communiquer avec Garm Alfar.

Deux jours après son retour sur Arkashan, il avait d’ailleurs constaté que l’écran était devenu noir. Le GCA ne lui avait, semblait-il, demandé aucune explication, dans la mesure où ce qui s’était produit n’avait pas tardé à filtrer – cela dit, il ne se rappelait pas avoir laissé le moindre rebelle en vie pour les remonter à ses supérieurs, qui ne pourraient donc pas les passer au DPN pour leur soutirer la moindre information.

Lorsque Ilm entra dans le bureau du sergent, ce dernier était occupé à fumer un cigare électronique aux reflets chromés. Il invita le jeune garçon à s’asseoir, et lui adressa un regard en biais, un regard qui semblait vouloir dire : « mais qu’allons-nous donc faire de toi ». Ilm ne dit rien, se contentant d’attendre la prise de parole de son supérieur hiérarchique.

– Alors, cette offre… lui dit-il alors d’un ton nonchalant. Qu’en pensez-vous ?

Même s’il se doutait bien que sa convocation avait pour sujet ses propositions de participation aux Jeux, le jeune garçon fut tout de même pris au dépourvu par le ton choisi par le sergent pour lui poser la question. Il hésita quelques instants puis se reprit sérieusement pour répondre, le plus honnêtement du monde :

– Je veux participer aux Jeux, mais je ne compte pas accepter pour autant.

Birghir haussa un sourcil.

– Vous voulez dire… que vous attendez de recevoir de meilleures offres ? Si je ne m’abuse, la Khain Corporation cherche à s’offrir vos services. Vous pourrez difficilement trouver mieux sur le marché des Games of Glory.

Ilm hocha la tête et serra les lèvres. D’une petite voix, il répondit :

– Je veux faire partie de la Garde Synarchique.

Cette fois-ci, le sergent ouvrit des yeux ronds comme des assiettes. Le jeune garçon soutint son regard en retour.

– La Garde Synarchique ! Mais enfin, vous ne pouvez pas entrer dans la Garde Synarchique.

– Je pense que je peux, asséna Ilm.

Birghir claqua la langue, puis enchaîna avec sérieux :

– Je ne cherche pas à vous pousser à reculer. De plus, au vu de vos capacités… eh bien vous pourriez, ce n’est pas pour rien que la Khain Corp s’intéresse à vous. Mais la Garde Synarchique… Enfin… Vous allez comprendre assez tôt pourquoi vous ne pouvez pas y entrer. Je… Je ne vous avais pas convoqué pour cela, de toute façon. Quelqu’un veut vous voir. Quelqu’un de haut placé, en vérité.

Ce fut au tour du jeune garçon d’écarquiller les yeux.

– … Vraiment ?

Et cela le rendait encore plus confus. Pourquoi un individu haut placé voudrait-il le voir si cela n’avait pas de rapport avec la Garde Synarchique ?

Puis il comprit. Cela ne lui prit que quelques secondes, mais obnubilé qu’il était par les Jeux, il n’y avait pas pensé tout de suite. Son sang se glaça dans ses veines lorsque, après un silence tendu d’une petite minute, l’individu en question entra, sans même s’annoncer au préalable.

– Bonjour, sergent Birghir. Bonjour, caporal-chef Kaelder.

Il ne savait pas s’il devait répondre ou pas. Il resta silencieux. Birghir l’était d’ailleurs tout autant que lui. Cette personne dégageait une aura de respect et de confiance qui allait parfaitement avec la position supérieure qu’elle devait occuper. C’était une femme de haute taille et au physique svelte, dont le visage ovale était encadré par une longue chevelure brune. Elle portait un pistolet blanc à sa taille. Ses lèvres formaient un sourire presque imperceptible – mais Ilm savait déchiffrer les expressions des gens depuis sa toute jeunesse.

– Monsieur Kaelder, dit-elle, je me présente : je suis Kirsten Saeming.

Elle marqua une pause à ce moment, comme si elle souhaitait laisser à Ilm le temps de se remémorer son nom. Mais il ne lui disait rien. Lorsqu’elle sembla l’avoir saisi, elle lui lança un court regard désabusé, et continua malgré tout :

– … vice-présidente de la Khain Corporation.

Khain Corp. Ce nom-là, il aurait été difficile pour Ilm de l’ignorer. Depuis qu’il était monté à la Surface, il revenait à chaque diffusion des Games of Glory.

– Je suis venue appuyer notre proposition. Vous avez un immense potentiel dans l’Arène, et je pense que nous pouvons vous permettre de l’exploiter.

Ilm n’arrivait pas à comprendre pourquoi cette personne était venue ici pour lui si elle était si haut placée. Revêtait-il autant d’importance ? Certes, il s’était fait l’auteur d’un exploit, un exploit incroyable sans doute, mais de là à ce que l’un des citoyens les plus puissants de la Synarchie – car il ne pouvait en aller autrement du vice-président de la première multiplanétaire de vente d’armes d’Arkashan – vienne lui-même appuyer une offre qu’il avait déjà reçue… Il y avait anguille sous roche. Pour autant, il ne se démonta pas et lui répondit ce qu’il avait dit plus tôt au sergent Birghir.

– Je vous suis reconnaissant, mais je ne peux pas accepter. Mon objectif est de rejoindre la Garde Synarchique.

Il s’attendait sérieusement à ce que la réaction de son interlocutrice soit comparable à celle du sergent, mais en plus mesuré. Ce ne fut pas du tout le cas. Au contraire, elle afficha un sourire moqueur avant de répondre :

– Eh bien, il semble que je doive vous convaincre.

Elle leva la main droite et la plongea dans la poche de son smocking. Ilm se mit sur la défensive, comme si elle s’apprêtait à sortir une arme. Mais il n’en fut rien. Ce qu’elle lui montra était une sorte de petit disque compact et transparent. Le jeune garçon blêmit. C’était son disque de communication.

– Comment… voulut-il dire. Elle le coupa :

– La Khain Corporation a des yeux et des oreilles partout. Je pense même pouvoir dire que nous sommes plus efficaces dans ce domaine que les réseaux du Synarque lui-même. Enfin, pour être tout-à-fait honnête avec vous, nous n’en savions rien jusqu’à votre retour de mission. Monsieur Birghir ici présent, lui, le savait depuis bien longtemps.

Ilm se tourna vers le vieux sergent. Il aurait voulu lui lancer un regard implorant, comme pour l’accuser de traîtrise. Mais il le connaissait à peine. Il ne tarda pas, cependant, à se demander pourquoi il n’avait pas transmis l’information à ses supérieurs hiérarchiques. Ainsi, ce fut l’incompréhension qui alla se peindre sur son visage. Et Birghir ne se fit pas prier pour lui expliquer :

– La Synarchie vous surveille depuis que vous êtes arrivé ici, Kaelder. Néanmoins, sachez que votre potentiel a aussi été remarqué assez rapidement. Nous vous avons envoyé sur Kantour pour voir ce que vous valiez, et nous avions l’intention de vous arrêter dès votre retour. Cela doit se produire dans quelques heures, maintenant. Évidemment, votre exploit a retardé l’échéance, car vous avez remis en question nos théories. Mais lorsque nous avons trouvé ça… eh bien, il n’y avait plus vraiment de doute.

Il soupira.

– Néanmoins… Vous avez une alternative. Si vous obtenez la protection de la Khain Corp, vous échapperez à votre destin. La Synarchie ne tentera rien contre la Khain. Vous participerez aux Games of Glory, et vivrez probablement dans le luxe jusqu’à la fin de vos jours. L’autre option pour vous est d’être enfermé à Dead End, avec tout ce que ça implique.

Pendant que Birghir parlait, Ilm se gifla intérieurement, furieux contre lui-même d’avoir été aussi idiot. Il était pourtant évident qu’un organisme aussi puissant que l’armée de la Synarchie, qui en plus recrutait toute personne suffisamment douée, sans aucune distinction d’espèce ni de citoyenneté, mettrait en place une surveillance accrue de ses membres pour prévenir tout risque de trahison. Et la seule raison pour laquelle il n’avait pas été mis à l’ombre dès le début de sa communication clandestine avec le Foyer était que la Synarchie cherchait à tracer le message pour trouver de gros poissons. Peut-être était-ce la véritable raison pour laquelle le disque avait pris cette teinte opaque.

La voix de Kirsten Saeming le sortit de ses pensées.

– Alors ? Votre décision ? Comme nous vous l’avons dit, vous n’avez que deux possibilités, dit-elle en lui tendant la main.

– Eh bien… je…

Ilm pouvait-il réellement faire confiance à cette personne ? Clairement, non. Pas plus qu’au sergent Birghir qui semblait totalement acquis à sa cause, dans la mesure où, vraisemblablement, c’était lui qui avait organisé cette rencontre. De plus, en faisant cela le jour-même de son arrestation, il empêchait Ilm de réfléchir à la moindre solution de rechange. Il le forçait à répondre maintenant. Il le mettait dos au mur.

En outre, il n’avait plus le choix. Il serra la main de Kirsten Saeming, dont le petit sourire un coin s’accentua.

– Je suis heureuse de voir que vous avez fait le bon choix, déclara-t-elle. Évidemment, vous devez m’accompagner immédiatement, pour éviter que vous ne soyez arrêté avant de nous rejoindre, auquel cas il nous serait bien plus difficile d’agir. Et cessez de vous inquiéter, votre vie va prendre un tournant bien plus agréable.

 

II

 

Escorté par Kirsten Saeming et le sergent Birghir, Ilm fut conduit jusqu’au toit du gratte-ciel de la caserne. Une navette de taille moyenne, dont le métal gris avait été frappé du logo de la Khain Corporation – une forme abstraite d’oiseau déployant ses ailes au milieu d’une cible, le tout d’un blanc laiteux –, les attendait ici. Ilm fut invité à monter le premier, comme s’ils craignaient qu’il ne se dérobe. Birghir les laissa ici et, après avoir serré la main de la vice-présidente, et adressé un signe de la tête au jeune garçon, il passa la porte par laquelle ils étaient sortis et disparut de leur champ de vision.

Il n’y avait qu’une seule autre personne dans la navette dont le fonctionnement était automatique en raison de sa petite taille et de sa programmation pour des trajets intra-planétaires, qui ne nécessitaient pas d’âme humaine pour prévenir l’infinité de dangers que représentait l’espace. Ainsi, en plus d’Ilm et de Kirsten Saeming, un homme au physique robuste se tenait assis sur un banc face à l’entrée. Son visage était marqué par le temps, et accompagné d’une barbe finement taillée s’accordant avec de longs cheveux blonds qui se terminaient en deux tresses de part et d’autre du front. Ilm lui jeta un coup d’œil sans s’attarder, tout en se faisant la réflexion que cette tête lui rappelait quelqu’un.

Une chose était sûre, Ilm ne comptait pas se laisser faire. Il sentait que tout cela était trop beau. Il allait tomber de Charybde en Scylla, cela ne faisait que peu de doute. Tout semblait lui échapper depuis quelques jours, et il se sentait revenu à l’époque des Catacombes. Il ne savait pas encore comment il allait pouvoir s’en tirer, mais en tout cas, il savait par où commencer.

Les portes de la navette se refermèrent et elle s’éleva dans les airs pour commencer à prendre de la vitesse. Ilm attendit. Elle s’éloigna rapidement de la tour de la Caserne n°38 de l’armée régulière de la Synarchie. Ilm attendit encore un peu. Puis, sans prévenir, il sauta en avant, et attrapa le pistolet à plasma de Kirsten Saeming, l’arrachant de son holster. Puis pointa l’arme dans le dos de la vice-présidente de la Khain Corporation.

Cette dernière, sans se départir de ce calme qui semblait si naturel chez elle, se retourna lentement et lui demanda :

– Qu’essayez-vous de faire, Kaelder ?

– Je veux être ramené à la Caserne. J’assurerai ma protection moi-même.

Il savait comment faire. Il allait être arrêté par la Synarchie. On allait lui poser des questions. Et il répondrait. Il répondrait à tout, sans exception, donnant toutes ses informations, ne disant que la vérité, rien que la vérité. Mais il marchanderait pour cela : en échange de ses aveux, il demanderait à être intégré à la Garde Synarchique dans les plus brefs délais. Et il rentrerait à nouveau dans la route qu’il s’était lui-même tracée depuis plusieurs années.

Évidemment, rien ne se passa comme prévu.

Il se sentit soudain soulevé dans les airs. Une forte pression fut appliquée sur son poignet droit. Il résista, mais n’eut d’autre choix que de lâcher le pistolet lorsqu’un craquement sinistre lui indiqua que son poignet avait été brisé. Puis il fut plaqué ventre contre sol, sans aucun ménagement. Grognant, cherchant en vain à se dégager de cette masse bien plus importante que son propre poids, il rencontra le regard de Kirsten Saeming, qui avait fait quelques pas pour se planter et se pencher devant lui.

– Comment avez-vous pu penser une seule seconde que faire cela était possible ? Je vous pensais pourtant observateur. Enfin, j’imagine que réagir dans l’instant ne doit pas être facile tous les jours. Je ne suis pas une soldate, moi – demandons l’avis d’un expert ; qu’avez-vous pensé de ce coup d’éclat ? demanda-t-elle en s’adressant à celui qui se tenait au-dessus du jeune garçon.

– Il est extrêmement vif. Je n’ai même pas eu le temps d’arrêter son mouvement. Quelqu’un de lambda n’aurait pas eu le temps d’aller jusqu’à prendre votre arme. Il va avoir besoin de se canaliser, mais il est prometteur. Très prometteur.

Ce faisant, il relâcha sa pression, et Ilm, sans trop comprendre pourquoi, se dégagea vivement et sauta jusqu’au fond de l’intérieur de la navette. Il releva la tête. Dévisagea l’homme. Et comprit alors de qui il s’agissait.

Il ne l’avait pas reconnu car il était vêtu d’un costume noir, et pas de l’armure dans laquelle le jeune garçon l’avait vu évoluer.

Kirsten Saeming sourit de plus belle.

– Monsieur Kaelder, je vous présente votre capitaine d’équipe, Jördnyr.

 

III

 

Ilm se réveilla dans une pièce de taille modeste qui n’était meublée que d’un simple lit accompagné d’un cube noir de cinquante centimètres sur lequel était posé un petit plateau contenant un peu de nourriture. Le jeune homme se releva vivement, cherchant à se rappeler à quel moment il avait pu perdre connaissance. Mais rien de ce qui avait suivi les dernières paroles de Kirsten Saeming n’était clair dans son esprit. Par contre, son poignet avait été restauré : il ne sentait plus qu’un vague chatouillement et pouvait bouger normalement.

Une fois redressé, il retira ses pieds du lit et toucha le sol. Il était froid, et d’un blanc immaculé. Les murs, eux, étaient légèrement plus sombres. Il jeta un coup d’œil à la nourriture sur le plateau. Un morceau de pain blanc, l’une des plus vieilles recettes de l’univers, et un verre de boisson énergisante.

Il se saisit du morceau de pain et le porta à sa bouche avant de mordre dedans. Il ferma alors les yeux de plaisir : jamais il n’avait mangé du pain aussi croquant et moelleux. Son goût était incomparable. Il avala goulûment, puis termina le reste en quelques secondes, s’étouffant presque au passage. Il fit passer le tout en buvant son breuvage énergisant d’une traite. Là encore, c’était excellent : un petit goût sucré mêlé à une sensation légèrement acide. La boisson lui fit, en outre, l’effet d’un électrochoc ; sa fatigue s’était comme évaporée. Alors seulement, il commença à se demander sérieusement ce qu’il faisait là.

La prison fut la première chose qui lui vint à l’esprit. Suite à sa tentative de menace, la Khain Corporation l’avait finalement livré aux autorités de la Synarchie. Mais il écarta vite cette hypothèse. Il avait déjà entendu des histoires sur la prison lorsqu’il était à l’armée – les conditions insalubres qu’on lui avait décrites étaient à des années-lumière de ce qu’il avait là. Tout était propre, et la nourriture était excellente.

Une nouvelle idée germa alors dans son esprit, et elle se confirma lorsqu’une porte s’ouvrit dans son dos. Les murs étaient si parfaitement polis qu’il n’avait même pas vu que l’entrée se trouvait là. Il reconnut immédiatement la personne qui entra alors. Il s’agissait de Jördnyr.

– Bien dormi ? demanda-t-il simplement.

Cette question était si simple et si monotone qu’elle prit le jeune garçon au dépourvu.

– Je… je ne sais pas… balbutia-t-il.

Le colosse en face de lui, vêtu d’un long tee-shirt mettant sa musculature en valeur, et d’un pantalon gris et souple, esquissa un sourire. Il s’assit sur le lit. Ilm préféra rester debout. La présence de cet homme était intimidante. Il avait l’impression de devoir maintenir avec lui une distance de sécurité.

La première chose que Jördnyr fit fut de répondre à l’interrogation d’Ilm sur sa situation actuelle.

– Tu te trouves dans le bâtiment de la Khain Corporation. Ça, c’est ta chambre.

– … Ma chambre ? demanda Ilm, circonspect.

Pour ce qu’il en avait vu, cela ressemblait plus à une petite prison dorée.

– Oui. En voici la clé, répondit le combattant en lui tendant une petite carte magnétique.

Le jeune garçon s’en saisit et l’examina. C’était bien une clé. Pourquoi ne la lui avait-on pas donnée plus tôt ?

Jördnyr devait lire sur son visage comme dans un livre ouvert. Ou alors il avait prévu les pensées du jeune garçon. Il compléta :

– Nous ne pouvions pas te laisser la clé tout de suite. Pas après ta tentative sur la navette – même si, je dois te l’avouer, nous nous y attendions. Sinon, je ne serais pas venu.

Ilm lui adressa un regard choqué. Ses yeux étaient grands ouverts, et il avait du mal à garder la bouche fermée. Le colosse, visiblement fier de son effet, sourit derechef.

– Bref… Nous allons avoir une petite discussion.

Le jeune garçon ne répondit rien et resta interdit. Il attendait la suite. Mais lorsque Jördnyr appuya son regard sur lui pour le pousser à parler, il n’eut d’autre choix que d’improviser quelques mots :

– Qu… Qu’est-ce que vous attendez de moi ?

Le colosse prit un air faussement surpris.

– De toi ? Mais je pense que tu le sais déjà. Alors, à ton avis ? Qu’attendons-nous de toi ?

– … Que j’entre dans l’Arène. Que je participe aux Jeux.

Jördnyr sourit.

– Nous avançons un peu. Et est-ce que tu penses que tu ferais un bon coéquipier au vu de ton attitude actuelle ?

– … Je suppose que non, répondit Ilm avec le plus de neutralité possible dans la voix.

Quelques années plus tôt, il se serait senti blessé dans son honneur. Mais sa maturité avait évolué. Surtout depuis la Répression de Kantour. Il avait compris que l’honneur était une notion bien vague, surtout quand on était un soldat de la Synarchie. L’efficacité passait avant. Et cela était aussi vrai dans une joute verbale.

Le guerrier qui lui faisait face cherchait à faire peser sur Ilm une pression psychologique. Il cherchait à le faire culpabiliser. Il cherchait à le formater, à le faire rentrer dans son propre schéma de pensée. À faire en sorte qu’il le suive. Ilm devait faire très attention.

S’il n’avait pas eu le même but depuis si longtemps, sa force mentale aurait sans doute déjà été balayée par celle du capitaine de la Khain Corp. Mais il avait cet avantage que nul autre ne devait partager dans ce monde. Qui pouvait se vanter d’être allé aussi loin dans un but si dangereux et si difficile à atteindre ?

– Alors dans ce cas, quel est ton objectif en entrant ici ?

Et s’il voulait continuer, il devait faire le dos rond. Il le savait bien. Il n’avait pas pu rentrer dans la Garde Synarchique à cause de ses propres erreurs – à cause de sa décision d’aider le Foyer Alfar. La seule décision qu’il avait prise en faveur de quelqu’un d’autre s’était retournée contre lui. Il se promit alors de rester pragmatique.

– De faire partie de votre équipe. Je veux participer aux Jeux. C’est mon but depuis longtemps.

Le mensonge par omission était ce qu’il y avait de mieux, dans la mesure où cet homme semblait presque capable de lire dans son esprit.

– Bon, répondit-il d’un air satisfait, eh bien je vois que nous sommes sur la même longueur d’onde.

Tu peux parler, eut envie de répondre le jeune garçon.

Mais les choses allaient dans son sens. Il devait participer aux Jeux. S’illustrer à nouveau. Faire en sorte de remporter un match qui l’amènerait à rencontrer le Synarque. Il n’était pas loin d’y parvenir.

Jördnyr se leva, et lui adressa un regard qui en disait long sur les attentes qui reposaient sur ses épaules. Il se dirigea vers la porte tout en lui faisant un signe de la main.

– Suis-moi. Si tu veux être prêt à rentrer dans l’Arène, ton entraînement commence maintenant.

 

IV

 

Jördnyr conduisit Ilm à travers un long couloir aux murs métalliques, éclairé par une lumière un peu trop forte pour le jeune homme, jusqu’à une porte qui menait à l’extérieur. Ou à ce qui y ressemblait. Il réalisa vite qu’il n’en était rien. L’endroit dans lequel ils se trouvaient était une sorte de monticule de terre et de sable, entouré de quelques arbres aux troncs vermoulus, et qui surplombait une immense forêt. Ilm la reconnut immédiatement – à sa grande surprise, il s’agissait de la jungle de Kantour.

Jördnyr s’arrêta au milieu de ce décor, et se retourna vers Ilm.

– Au cas où tu te poserais la question, cet endroit est la réplique parfaite d’un terrain de la planète Kantour, que nous avons découvert et reproduit. Il nous sert de centre d’entraînement et nous évite de nous rendre dans celui de l’Arène d’Arkashan. Tu connais sans doute déjà les règles du jeu, mais tu vas vite réaliser qu’elles sont beaucoup plus complexes quand c’est à toi d’y prendre part. Il faut mettre en place un grand nombre de stratégies à travailler pendant des heures. Des stratégies que tu n’as sans doute jamais remarquées à l’écran, car elles se voient à peine mais font pourtant de lourds dégâts, et sont souvent la véritable raison de la défaite ou de la victoire d’une équipe. À cela s’accompagne un rythme de vie parfaitement réglé ainsi qu’un entraînement quotidien qui va t’amener à développer des réflexes dont tu n’avais jamais mesuré l’existence. Tu vas apprendre le maniement de toutes les armes autorisées aux Jeux pour être prêt à parer à toute éventualité. Enfin, tu vas trouver quel est le rôle qui te convient le mieux, et une fois que dans tous ces domaines, tu auras atteint un niveau suffisant… à ce moment seulement, tu pourras entrer dans l’Arène. C’est compris ?

Ilm était estomaqué par ce discours. Mais une interrogation subsistait.

– Je… Je croyais qu’on ne ferait que contrôler des clones à distance.

Jördnyr soupira, et le jeune homme regretta un instant sa question. Néanmoins, le colosse lui répondit sans une once d’agacement :

– La seule différence que cela implique, c’est que tu ne mourras pas dans l’Arène. Pour le reste, une fois installé au siège du contrôleur, tu seras parfaitement immergé dans le match. Et la forme physique de ton clone dépendra presque entièrement de la tienne.

Ilm opina du chef et prit un air attentif et intéressé. Il se doutait qu’il avait encore beaucoup à apprendre, mais c’était une des bases des Jeux, et il n’était pas au courant. Son manque d’intérêt pour les Games of Glory dans son enfance lui coûtait un peu. Mais visiblement, Jördnyr avait à peine relevé – ou du moins le laissait-il croire.

– Pour commencer… frappe-moi.

– … Pardon ?

– Tu m’as bien compris, dit le colosse avant de répéter : frappe-moi.

Ilm hésita un instant, mais il se ravisa. Il devait faire ce que son nouveau professeur lui disait. Au moins, la rigueur qu’on lui avait enseignée à l’armée allait lui servir à quelque chose. Il plia les genoux, puis fonça vers Jördnyr.

Feinte.

Il se doutait que le colosse allait esquiver, ou attraper le poing du garçon avant qu’il ne le touche. Il était évident que les choses ne seraient pas aussi simples. Aussi, un mètre avant d’atteindre son opposant, il prit appui sur la plante de ses pieds, et fit un bond de deux mètres sur la droite – assumant que Jördnyr était droitier.

Jördnyr était gaucher.

Ilm eut tout juste le temps de se baisser et esquiva la main qui cherchait à se saisir de lui de quelques centimètres. Alors, il s’accroupit sur le pied droit, vira à cent quatre-vingt degrés et, du pied gauche, frappa le colosse dans le dos. Le bruit provoqué par l’impact sur l’amure légère métallique, dure comme du roc, du gladiateur des Jeux, fut amplifié par un étrange écho compte tenu du fait qu’ils se trouvaient – ou semblaient se trouver – à l’extérieur.

Jördnyr ne bougea pas.

Ilm recula son pied, puis s’arrêta pour observer son capitaine.

Ce dernier tourna son visage vers le garçon, et hocha la tête en signe d’approbation.

– Très, très bien. Ta vitesse de réaction ne cesse de m’épater.

Il avait réussi. Même s’il savait qu’il en était capable, il était tout de même impressionné de sa propre performance. Il regardait parfois les Jeux lorsqu’il était au Foyer, et Jördnyr avait toujours été pour lui un guerrier exceptionnel, capable des prouesses les plus incroyables et inégalable dans tous les domaines. Il avait quitté la Garde Synarchique, qui dominait pourtant la compétition, pour prendre le capitanat de la Khain, et était devenu sa pierre angulaire, ainsi que l’une des principales raisons de son statut de dauphin des Games of Glory. Et Ilm avait réussi à le prendre de vitesse à deux reprises, dont une fois lorsqu’il s’y était pourtant préparé.

Il commençait vraiment à se sentir spécial.

– Enfin… nuança Jördnyr. Pour faire face dans l’Arène, il va falloir bien plus. Néanmoins, avec un tel niveau, tu pourrais bien être prêt d’ici une semaine.

– Je… Vraiment ?

– Évidemment. Sache que je ne suis pas du genre à mentir. Nous allons commencer par les rudiments du maniement des armes. Si tu veux bien me suivre…

Et, emboîtant le pas du garçon, il sortit de l’espace d’entraînement.

V

 

La semaine suivante fut la plus éreintante de la vie d’Ilm. Son emploi du temps était encore plus rempli et son entraînement encore plus draconien qu’à l’armée. Chaque jour, il devait renforcer physiquement et mentalement son corps, et supporter des doses massives de stress et d’adrénaline. On le mettait dès le matin dans un module holographique où il devait avancer dans une réplique de l’Arène d’Arkashan ou de la Fonderie de Svandia. Des ennemis sortaient de manière régulière et inattendue et lui tiraient dessus. S’il était touché, il recevait une décharge électrique par l’intermédiaire de deux bracelets accrochés à son poignet. C’était la sensation la plus douloureuse et désagréable du monde à la fois.

Ces exercices visaient à lui conférer plus de réflexes et à l’inciter à être toujours sur ses gardes. Ils duraient des heures, la moitié de la journée de travail. Les deux premiers jours, Ilm eut toute les peines du monde à ne pas prendre de décharges, et finissait chaque fois au bord de l’évanouissement, pris de violents hauts-le-cœur. C’est vers le troisième jour qu’il commença à s’améliorer. Cette expérience était une véritable torture et il avait désormais l’électricité en horreur. Il était persuadé que s’il avait fait cet exercice cinq ans plus tôt, il serait déjà devenu fou. Néanmoins, il persévéra et montra peu à peu de plus en plus d’adresse et de promptitude à esquiver les tirs et à abattre ses cibles.

Une autre grande partie de la journée était consacrée à des exercices physiques plus classiques. Chaque jour, il devait entraîner ses jambes en courant plusieurs kilomètres sur un long terrain encombré d’obstacles volontairement placés pour lui compliquer la tâche, et entraîner ses bras sur des punching-balls tellement durs qu’il se demandait parfois s’ils étaient en béton. Ces exercices étaient éreintants, bien plus demandeurs en ressources et en énergie que lors de son court passage à l’armée, mais ce n’était pas la mer à boire comparé à ce qu’il subissait dans l’entraînement holographique.

Le reste de la journée, il le passait assis à une table face à un professeur lui donnant des cours de stratégie théorique. Même s’il devait se faire violence pour arriver à suivre, du fait que ces séances suivaient tout le reste et qu’il était physiquement à bout, il parvenait à retenir un grand nombre de choses, et comprit vite ce que voulait dire Jördnyr quand il lui avait signifié les différences importantes entre ce qu’il voyait à l’écran et toutes les informations échangées lors d’une partie des Jeux.

Il n’y avait que deux types de confrontation mais chacun recelait de ses spécificités et de ses stratégies. Le principe de l’Arène d’Arkashan était de capturer des points de victoire qui permettaient de faire baisser l’énergie du bouclier protecteur de la base ennemie, puis d’en détruire le Cœur Énergétique une fois que ce même bouclier était tombé. Mais à cela il fallait ajouter les points de crédit qui permettaient d’augmenter les gains économiques de l’équipe – ces mêmes crédits, que chaque participant recevait de manière régulière, ainsi que quand il tuait un ennemi, permettaient d’acheter des armes toujours plus puissantes et d’augmenter ses propres capacités. En outre, les équipes étaient constituées de quatre joueurs et leurs déplacements devaient être parfaitement coordonnés pour pouvoir surpasser l’équipe ennemie. Les équipes les plus anciennes géraient parfaitement ces rotations, ce qui leur donnait un avantage certain sur les autres.

La Fonderie de Svandia différait par ses effectifs, deux équipes de trois joueurs, mais surtout par son objectif, puisqu’il fallait tuer un membre précis de l’équipe adverse, désigné aléatoirement à chaque manche, puis remporter cinq de ces manches pour remporter la partie. Ici, les crédits n’avaient pas d’importance, puisque chaque joueur en recevait la même valeur à chaque nouvelle manche, et il lui appartenait de l’utiliser de la manière la plus adéquate. Les mouvements de l’équipe étaient complètement différents ici, notamment parce que l’espace était beaucoup plus réduit, mais les chemins possibles, beaucoup plus nombreux. En outre, si aucune des deux équipes ne parvenait à tuer le VIP de l’autre, celui qui se tenait le plus proche du centre de l’arène, au milieu d’un grand espace vide (et donc dangereux), remportait le round.

 

Ilm eut une surprise le quatrième jour. Alors qu’il se rendait au parcours d’obstacles pour commencer sa journée, un homme en blouse grise frappée du logo de la Khain l’interpella en faisant non de la tête.

– Mademoiselle Saeming vous a accordé un changement d’emploi du temps. Elle souhaite que vous participiez aux Jeux dès le début de la semaine prochaine.

Même si Jördnyr avait déjà émis des paroles en ce sens, Ilm avait malgré tout eu beaucoup de mal à y croire. Avoir la confirmation ultime qu’il allait vraiment jouer dans trois jours lui fit le même effet que les électrocutions de l’entraînement holographique.

– De fait, continua l’homme, vous allez être initié au maniement des armes par un nouvel instructeur. Veuillez me suivre.

Ilm hocha la tête et s’exécuta.

Il suivit son guide qui l’emmena dans une salle qu’il n’avait pas encore eu le loisir de visiter en raison de son emploi du temps draconien. C’était l’armurerie du centre d’entraînement. Elle disposait de toutes les armes qui étaient utilisées lors des Jeux. Jusqu’ici, Ilm n’avait manié que l’arme de base, et accessoirement, la moins puissante, pour ses entraînements holographiques. La vision de ces étalages d’armes courant sur plusieurs dizaines de mètres et éclairés par une forte lumière le stupéfia – c’était incomparable avec l’armurerie de la caserne. Quelque part, il trouvait assez étonnant qu’un centre d’entraînement pour des combats de gladiateurs bénéficie d’un meilleur arsenal qu’une caserne militaire. Mais ça ne l’était pas tant que ça compte tenu de l’importance des Jeux dans la diplomatie galactique, sans oublier qu’il y avait bien plus de casernes militaires que de centres d’entraînement, et que peu devaient être aussi équipés que celui du principal fabricant d’armes de la Synarchie.

Il y avait déjà quelqu’un à l’intérieur de l’armurerie. C’était une jeune femme, visiblement à peu près du même âge qu’Ilm. Ses cheveux blonds rassemblés en arrière, à l’exception de quelques mèches qui tombaient autour de son front, encadraient un visage revêche agrémenté de quelques petites taches de rousseur. De par sa posture et les muscles saillants de ses bras, elle dégageait beaucoup de force malgré sa taille moyenne. Son débardeur et son pantalon de sport, gris tous les deux, étaient évidemment frappés du logo de la Khain. L’homme se retira en fermant la porte, et elle s’approcha de lui.

– Bonjour. Ilm Kaelder, c’est ça ? demanda-t-elle avec assurance.

– Je… Oui, c’est ça, répondit le jeune homme, légèrement troublé par le regard inquisiteur de son interlocutrice.

Cette réponse la fit sourire. Un sourire doux, avec une pointe de moquerie. Pour faire bonne mesure, Ilm sourit en retour.

– Très bien, répondit-elle, je t’attendais. Je me nomme Mary, mais je préfère que tu m’appelles My. Contente de voir que tu es à l’heure.

Elle se retourna tout en se mettant en mouvement, et le jeune homme fut à nouveau incité à suivre, cette fois-ci entre les rayonnages de l’immense armurerie.

– Tu n’as rejoint la Khain qu’il y a une semaine, si j’ai bien compris ? J’ai entendu parler de tes exploits.

Ilm acquiesça, même s’il avait envie de tiquer au mot « exploit ». Maintenant qu’il s’entraînait ici, tout cela lui paraissait relativement loin, étrangement.

– Enfin, je t’ai un peu observé dans le module d’entraînement. Tu t’en sors beaucoup mieux que moi.

– Tu y es passée ? demanda Ilm, piqué par la curiosité.

– Oui, dit My sans se retourner, j’ai eu envie d’essayer et Jördnyr m’a donné la permission. Je me suis évanouie au bout de deux minutes. Je n’ai pas du tout les réflexes pour esquiver, et à vrai dire, je ne m’attendais pas à ce que ce soit si dur.

Ilm hocha la tête avec une onomatopée d’approbation. Vu comment lui, qui sortait d’un an d’entraînement à l’armée, avait eu du mal à se faire à ce module, il n’était pas étonnant que qui que ce soit d’autre, sans aucune préparation, eût encore plus de difficultés. Se rappelant de sa première session et des maux de tête terribles qui en avaient résulté, il se sentit profondément désolé pour elle.

Mais il eut tôt fait de réprimer ce sentiment.

– Où m’emmènes-tu ?

Cette fois-ci, My tourna la tête vers le jeune garçon.

– Eh bien, tu vas jouer bientôt, non ? Tu as intérêt à savoir te servir de tes armes. Et de reconnaître les autres, accessoirement.

Ils arrivèrent finalement au bout des rayonnages, de l’autre côté de la salle. Un grand mur de pierre, bien moins entretenu que l’autre, se trouvait face à eux. Tout en bas, une porte de métal blindée. My s’en rapprocha et pressa sa main contre elle. Dans un grincement presque sinistre, la porte coulissa et s’enfonça lentement dans le mur. Au bout de dix secondes, l’entrée était entièrement dégagée, et ils la passèrent.

L’intérieur était bien plus impressionnant que tout le reste de l’armurerie, malgré l’absence d’une hauteur imposante. Et pour cause, on ne pouvait pas voir le plafond. Toute la salle était plongée dans un décor holographique, presque entièrement blanc, et rempli d’armes diverses, à distance et au corps-à-corps, à côté de chacune desquelles flottait un écran indiquant leur nom et leurs capacités.

Il y en avait des dizaines, toutes plus ou moins différentes, alignées dans les airs en lignes et en colonnes sur plusieurs mètres de hauteur. À nouveau, Ilm fut impressionné.

– Ça en jette, hein ? l’apostropha My, comme si elle avait lu dans ses pensées.

Le jeune homme acquiesça sans rien dire. En même temps, il observait toutes ces armes qui semblaient l’accueillir de ses vœux. À cette pensée, il se renfrogna – était-il vraiment devenu ce genre de personne ? Il baissa les yeux et se contenta de regarder My, se forçant à ne pas trop penser aux engins de mort autour de lui.

– Je suis désolée de t’apprendre que, même s’il y en a pas mal, tu vas devoir devenir capable de toutes les reconnaître, et de mémoriser leurs effets.

– … Vraiment ?

– Bien sûr. Tu joues dans trois jours, je te rappelle. Si tu n’es pas au courant de ce que font toutes ces armes, tu vas être incapable d’agir en conséquence. Il arrivera toujours un moment où tu seras séparé de tes alliés. Tu l’as bien vu à l’holo, non ?

Ilm hésita un instant, puis hocha faiblement la tête. Il appréhendait déjà les heures qu’il allait devoir passer à apprendre par cœur des données statistiques. Mais il se rassura vite : ça ne pouvait pas être pire que de passer le même temps à prendre des décharges électriques pour attiser ses réflexes.