Épilogue

 

Si on avait su depuis le début qu’il suffisait de se rendre, on l’aurait fait directement, et ça nous aurait épargné toutes ces souffrances. Ma seule chance a été que mon ami se tienne debout à ce moment-là, ce qui m’a donné un répit. C’est lui qu’ils ont abattu le premier. Et quand ils se sont tournés vers moi pour me sucrer à mon tour, j’ai lâché ‘‘Je me rends’’. L’air de rien, je me suis dit que j’avais plus grand-chose à perdre. Et ils m’ont épargné, m’intimant simplement de les suivre.

J’ai réussi à récupérer Clara au passage. Comme elle était évanouie, ils l’ont pas ciblée et se sont dirigés directement vers moi et mon ami. On a juste été foutus dehors, et basta. On est sortis de la tour en courant, et on s’est assis sur le trottoir. Ça nous a fait super bizarre, d’ailleurs, qu’il fasse plein jour alors qu’on avait passé presque tout ce temps dans le noir ou pas loin. Je sais pas pourquoi mais je pensais qu’il faisait nuit. De toute façon, elle a fini par arriver, la nuit. On a fait que pleurer, les bras l’un dans l’autre. Comment on aurait pu faire autrement ?

Sur le chemin du retour, on parlait pas mais on se quittait jamais d’une semelle. On avait trop besoin de présence humaine après ce qu’on avait vécu. J’ai lu, lu et relu le roman de Pit Agarmen, ‘‘La nuit a dévoré le monde’’, et c’est ce qui m’a poussé à écrire ça. En ce qui me concerne, c’est quelque chose qui m’est arrivé en vrai et pas une simple fiction, mais n’empêche que j’aurais jamais écrit un truc à la première personne avant de lire ce livre.

Le retour à Peripith m’a fait très bizarre, d’ailleurs. Un type qu’on avait vu à l’entrée nous a reconnus et a demandé où étaient les deux autres, l’air de rien. Je crois que la tête qu’on a faite l’a dissuadé d’en dire plus. De toute façon, je crois pas qu’il avait trop le temps de s’en préoccuper. Les Coffres avaient fondu, comme prévu, et on sentait que tout le monde était hyper paniqué. Des gens pleuraient un peu partout dans le village. J’ai fait ce que je pouvais pour pas regretter mon choix.

De retour à la Ville, moi et Clara étions déjà amourachés l’un de l’autre. Je me suis demandé si ça allait changer et si c’était sincère, mais on s’est plus vraiment quittés depuis. Elle va lire ce livre, d’ailleurs. Je me demande ce que tu en penseras. J’en profite pour te poser une question que j’ai jamais osé te poser avant : si mon ami s’en était sorti, tu nous en aurais voulu ? Je suppose que tu vas me répondre non, et je prie de toute mon âme pour que cela soit sincère.

Tout est déjà en train de changer, et de manière radicale. De nouvelles personnes sont arrivées à la Ville ces derniers jours. Des réfugiés. Ils risquent de bientôt commencer à être nombreux parce que certains ont décidé de repartir pour revenir avec leurs familles. Le Conseil Restreint de la République de Belvil a pas l’air super enjoué à ce sujet, et quelque part, je les comprends – s’il y a trop de monde, on risque de plus pouvoir se suffire à nous-mêmes, même si ça change radicalement.

Les structures étatiques vont revenir ? Aucune idée. J’espère que non. Mais en fait, je sais pas. Après tout, la Grande Entreprise et la Grande République ont été détruites, donc je suppose que non. Mais vu que l’histoire de l’humanité s’étend sur des milliers d’années, franchement, je serais qui pour juger ce qui va se passer ensuite ?

J’espère que tu vois ce que je suis devenu depuis là où t’es maintenant, mon ami, et même si jusqu’ici j’ai pas cru en une vie après la mort, j’espère qu’on aura l’occasion de se revoir. Je pleure encore, putain. Je suis tellement désolé. Mais je peux rien y changer. Certains partent avant, les autres continuent. Et peu importe les circonstances, faut s’y faire, et comprendre les erreurs qu’on a faites pour pas les reproduire.

Je vais vivre dans ce monde où les Coffres existent plus et je vais me contenter d’observer, maintenant. Avec Clara, on va essayer de voyager pour voir un peu tout ce qui se passe dans les villages, et s’il y a d’autres villes habitées. On essaiera peut-être de sortir du pays, aussi. Qui sait ? Si ça se trouve, chez les voisins, les structures étatiques ont survécu. J’en sais rien. Et j’ai envie de savoir. Parce que c’est pour ça que je suis devenu historien, après tout. Je veux juste en savoir plus, toujours plus, et de plus en plus. Et c’est un peu ça, aussi, qui me permet de continuer.

C’était Akept d’Inith, habitant de la ville de Paris, capitale de la France, située en Europe. Et j’espère découvrir un jour ce qu’il y a au-delà.

 

Merci, Cret.

Merci pour tout.