CHAPITRE 4 - LA CASERNE

I

Comme Simi le lui avait dit la veille, il y avait effectivement un bureau de recrutement de l’armée régulière de la Synarchie dans chaque immeuble important de la planète-capitale. Ainsi Ilm eut juste à descendre au dixième étage de celui où était situé le Foyer Alfar pour en trouver un. Il s’agissait d’une salle carrée de taille moyenne, aux murs blancs et gris immaculés, et où pour tout ameublement, on trouvait des bancs en métal et un bureau derrière lequel se trouvait une fonctionnaire de l’armée.

D’autres personnes étaient assises sur les bancs, de jeunes individus, humains ou autres, qu’Ilm situa entre vingt et trente ans. D’autres candidats à l’entrée dans l’armée régulière. Il s’assit à leur suite et se mit à patienter. Il était encore tôt et le bureau de recrutement n’allait ouvrir que dans un quart d’heure. La femme derrière son bureau semblait occupée à préparer sa journée en allumant divers appareils, ordonnant des dossiers sur un écran holographique, et buvant, de temps à autres, un coup de la boisson énergisante en bouteille plastique située à sa droite.

Quinze minutes plus tard, trois autres personnes s’étaient assises lorsque la fonctionnaire annonca l’ouverture des candidatures. Toutes les personnes présentes se levèrent comme un seul homme et se placèrent en file indienne en face du bureau. Après une nouvelle et courte attente, le jeune garçon se retrouva face à cette femme aux lisses cheveux châtains et aux pommettes saillantes.

– Bonjour, lui dit-elle, vous êtes ici pour postuler ?

Ilm acquiesça avec timidité. Il donna ensuite son nom, son prénom, son âge et son ancien lieu de résidence – le Foyer Alfar.

– Très bien, déclara la fonctionnaire une fois terminées ces formalités administratives. Avez-vous bien toutes vos affaires sur vous ?

Ilm jeta un coup d’œil à son sac à dos, dans lequel se trouvaient ses machines et quelques vêtements, et hocha la tête.

– Dans ce cas, vous allez être téléporté dans la salle de tests de la Caserne du District. Veuillez ne pas bouger durant cette opération.

Elle appuya sur un petit bouton carré situé sur le bureau, et Ilm eut soudain la sensation de s’envoler, tandis que la salle dans laquelle il se trouvait jusqu’alors disparaissait de son champ de vision, sans aucun bruit ni artifice supplémentaire. Mais c’était la première fois qu’Ilm voyageait d’un point à un autre par téléportation, et à ses yeux, cette expérience était déjà impressionnante.

Lorsque sa vue redevint nette, il se trouvait désormais dans une nouvelle salle, aux murs de la même couleur et de la même texture que la précédente. Mais le bureau, les bancs et les gens avaient logiquement disparu. À leur place se trouvait, juste en face du jeune garçon, une sorte de bras métallique gris foncé aux multiples câblages, fixé au plafond et au bout duquel se trouvait un globe de verre translucide. La pièce était entièrement carrée et dans chacun des coins se trouvait un petit cube noir qu’Ilm identifia comme un haut-parleur. Il en eut la confirmation lorsqu’une voix retentit dans la pièce.

– Bienvenue, Ilm Kaelder. Vous vous trouvez actuellement dans la salle de tests numéro 3244 du Centre de recrutement de l’armée régulière d’Arkashan, plus communément appelé le Centre. Je suis l’Intelligence Skabel, et je vous assisterai dans cette étape. Nous allons tout d’abord procéder à un simple scan pour évaluer votre santé et déterminer que vous n’êtes atteint d’aucune pathologie irréversible à l’heure actuelle. Je vous demanderai de ne pas bouger durant la procédure pour éviter toute erreur de jugement. Dans le cas contraire, le scan devra recommencer.

Ilm fit de son mieux pour ne pas bouger d’un pouce tandis que du globe émanait une lueur verte qui passa de sa tête à ses pieds, pour ensuite conclure de la même voix féminine et sans défauts :

– Aucune anomalie détectée. Vous avez passé le premier test avec succès. Bravo. Le second test va maintenant débuter. Il s’agira d’une épreuve de force.

Une cloison s’ouvrit alors avec un bruit sec dans le mur situé en face d’Ilm et derrière le bras métallique. Il en sortit un objet rectangulaire de deux mètres de long et un de large, vraisemblablement constitué de caoutchouc à la surface noire.

– Vous allez devoir frapper dans ce punching-ball à plusieurs reprises jusqu’à la fin du temps imparti. En fonction de votre force, un indice de puissance sera constitué et déterminera l’échec ou la réussite du test. Vous pouvez commencer.

Ilm s’approcha timidement de l’objet qu’il apercevait pour la première fois, et leva le poing. Il inspira un grand coup, avant de l’écraser contre la masse molle et dure à la fois. Puis il répéta l’exercice avec sa main gauche, et recommença, encore et encore, lâchant une onomatopée gutturale à chaque impact. Au bout d’environ une minute, une sonnerie retentit pendant quelques instants, et après avoir encaissé une dernière fois le poing du jeune garçon, le punching-ball recula et disparut derrière la cloison du mur blanc, qui se referma derrière lui. La voix de Skabel se fit à nouveau entendre.

– Analyse des résultats… Indice de force : 0,89. Votre niveau est inférieur à celui requis. Veuillez recommencer le test.

Laissant à peine à Ilm le temps de réaliser son premier échec, le punching-ball reparut dans la salle et l’intelligence artificielle répéta :

– Vous pouvez commencer.

Cette fois-ci, le jeune garçon décida de ne pas frapper autant de fois que possible. Il se concentra un instant, prépara son coup, inspira, expira bruyamment, et frappa de toutes ses forces sur la surface molle. Il ramena son poing en arrière, se concentra à nouveau, puis répéta l’opération cinq fois avant que le punching-ball ne recule pour disparaître à nouveau derrière la cloison.

– Analyse des résultats… Indice de force : 1,02, dit Skabel. Votre niveau est supérieur à celui requis. Vous avez passé le second test avec succès. Bravo. Le troisième test va maintenant débuter. Il s’agira d’une épreuve d’endurance. Veuillez entrer dans la seconde salle.

Une porte automatique s’ouvrit sur sa droite dans un grand bruit métallique, et il se dirigea vers elle pour pénétrer dans une pièce pas moins large mais bien plus longue, tout aussi blanche et éclairée que la précédente.

– Vous allez devoir courir jusqu’au fond de la salle et presser le bouton de couleur rouge situé sur le mur. Vous devrez ensuite courir à nouveau dans le sens inverse et presser le bouton de couleur blanche situé sur l’autre mur. Vous répéterez cette action jusqu’à ce que je mette fin au test. En fonction de votre vitesse à chaque tour, un indice d’endurance sera constitué et déterminera l’échec ou la réussite du test.

Une fois encore, Ilm eut à peine le temps de se conditionner à l’exercice qui allait advenir. Un son court et strident lui indiqua qu’il pouvait commencer. Il prit une nouvelle grande inspiration avant de s’élancer vers le fond de la salle. Tout en courant, il réfléchissait à la meilleure façon de réussir du premier coup le test qui lui était imposé. Il ne pouvait pas se permettre d’être aussi juste que lors du premier, surtout qu’un test d’endurance le laisserait essoufflé et presque incapable de recommencer l’expérience. Peu à peu, il baissa donc légèrement son rythme de manière à économiser son énergie. En quinze secondes, il était arrivé au bout de cette longue salle. Il appuya vivement sur le bouton qui s’enfonça sans difficulté dans le mur, et s’illumina d’une couleur verte. Sans avoir fait la moindre pause, Ilm repartit dans l’autre sens, et exactement au même rythme – s’il en croyait les indications de Skabel, il ne devait surtout pas décélérer. Arrivant à son point de départ, il appuya à nouveau sur le bouton du mur. Il était à peu près certain d’avoir pris le même temps pour faire les deux.

Skabel attendit le cinquième tour avant de mettre fin à l’exercice. Ilm s’arrêta au milieu de la pièce, haletant, et revint vers l’entrée de la salle en attendant que le couperet tombe.

– Analyse des résultats… Indice d’endurance : 1,25. Votre niveau est supérieur à celui requis. Vous avez passé le troisième test avec succès. Bravo. Le quatrième et dernier test va maintenant débuter. Il s’agira d’un test de connaissances. Veuillez entrer dans la troisième salle.

La troisième salle en question était plus petite encore que la première. Elle était néanmoins plus remplie que les deux autres : s’y trouvaient en effet une chaise, un bureau et un androïde debout devant ce dernier. Le robot en question était fait d’une coque chromée en dessous de laquelle on pouvait distinguer des circuits de couleurs rouge et noire. Il avait évidemment une forme humaine, mais il était difficile de définir l’expression de son visage. Il s’agissait, a priori, de l’interface humanoïde de Skabel.

En s’approchant, Ilm constata que des feuilles de papier et un stylo à encre se trouvaient dessus. Cela faisait bien longtemps qu’il n’avait pas vu des équipements aussi archaïques alors que tout se faisait par informatique depuis des siècles à la Surface. Il avait pu s’en rendre compte durant ses quatre années passées au Foyer Alfar. Néanmoins, dans les Catacombes, il avait bel et bien utilisé ce genre d’outils dans les cours dispensés par Dal.

Le contenu des feuilles n’était pas, lui non plus, étranger au jeune garçon. Il y avait là une série de questions et d’exercices couvrant de multiples domaines. Des multiplications, des fonctions mathématiques, ainsi que des questions d’histoire générale. Ce qui se trouvait là faisait partie de tout ce que Dal puis Simi avaient enseigné à Ilm ces cinq dernières années. Du moins en partie.

– Dans une durée d’une heure exactement, dit Skabel, vous devrez répondre à l’ensemble des questions présentes sur ces feuilles de papier en répondant à l’aide de ce stylo à encre noire dans les sections blanches et vides. Une fois que vous aurez terminé, une note sur cinquante points vous sera attribuée et déterminera l’échec ou la réussite du test. Vous pouvez commencer.

Ilm s’assit, et commença par lire les énoncés des différents exercices. Il y en avait vingt-cinq et chacun semblait noté sur deux points. Ilm allait devoir mobiliser toute sa mémoire pour donner des réponses en bonne et due forme. Heureusement pour lui, même si tous les cours dispensés lui avaient été vécus comme une véritable purge, cette même mémoire se portait plutôt bien.

Les multiplications étaient on ne peut plus simples. Les questions d’histoire également. Passé le dixième exercice, les questions se faisaient plus pointues, plus complexes. Mais elles étaient notées exactement de la même façon. Lorsque l’heure qui lui avait été donnée se termina, il n’avait pas eu le temps de répondre aux trois dernières. L’androïde récupéra le stylo et les feuilles, et ses yeux commencèrent à s’agiter à mesure qu’il examinait les réponses du jeune garçon.

– Analyse des résultats… Vous avez obtenu quarante-trois points sur cinquante. Vous avez passé avec succès le quatrième et dernier test ainsi que l’ensemble de l’examen de vérification de compétences requises pour être admis dans le corps de soldats de l’armée régulière d’Arkashan. Je vous adresse toutes mes félicitations. Vous pouvez entrer dans la salle suivante, où sera opérée la signature de votre contrat.

Ilm sourit pour la première fois de la journée. Il était admis à l’armée. Même si énormément de choses restaient à faire, c’était un nouveau pas vers son objectif qui venait d’être réalisé.

 

II

 

La nouvelle pièce dans laquelle Ilm entra n’était pas blanche et épurée comme les précédentes. S’y trouvait un autre bureau, derrière lequel étaient disposées un certain nombre de tablettes digitales. Les murs étaient en métal grisâtre et moins bien entretenus. L’androïde qui avait fait effectuer à Ilm son quatrième test lui emboîta le pas après qu’ils furent entrés et, tout en l’invitant d’une main à s’installer sur la chaise devant le bureau, lui s’installa derrière. Il attrapa ensuite l’une des tablettes digitales et l’alluma, avant de la poser sur le bureau, dans le sens du jeune garçon.

– Vous êtes prié de bien vouloir signer de votre main sur cet écran tactile. Cette signature permettra de vous identifier dans l’objectif de vous obtenir une carte d’identité de citoyen honoraire de la cité d’Arkashan.

Je le suis déjà, pensa Ilm. Mais il ne pouvait pas le révéler. Il était censé être mort, comme tous ceux qui avaient autrefois vécu dans les Catacombes, et le Foyer Alfar lui avait attribué des papiers dans lesquels il était né sur Svandia. À l’aide de son index droit, il improvisa une signature sur la tablette digitale. Puis l’androïde l’éloigna et appuya sur un bouton derrière le bureau. Une fente s’ouvrit dans ce dernier, et la main exécutrice de Skabel y laissa tomber l’objet, avant de se lever et d’inviter le jeune garçon à faire de même.

– Veuillez désormais me suivre jusqu’à la caserne n°36 de la cité d’Arkashan, à laquelle vous avez été affilié.

Une alcôve s’ouvrit à nouveau dans le mur derrière eux, dévoilant cette fois-ci ce qu’Ilm identifia comme une plateforme de téléportation. Lui et l’androïde allèrent se placer dessus, un peu à l’étroit sur ce disque circulaire d’un mètre de diamètre. Un mécanisme s’enclencha, puis la pièce dans laquelle ils s’étaient trouvés jusqu’alors s’évapora. Dans un bruit sourd, Ilm se sentit, une fois de plus, soulevé dans les airs, avant de reprendre un contrôle normal de ses sens sur un autre sol métallique. Il constata alors qu’il se trouvait désormais à l’air libre. Pourtant, rien ne venait obstruer le paysage, si ce n’était les quelques plateformes gravitationnelles que l’on pouvait apercevoir au loin, et qui abritaient les demeures des plus grandes familles d’Arkashan. Le soleil était bien visible dans le ciel bleu également parsemé de quelques nuages. Le jeune garçon ne tarda pas à comprendre qu’ils s’étaient téléportés au sommet d’un gratte-ciel.

En face de lui se trouvait une entrée haute de trois mètres et large d’un et demi, frappée du sceau de l’armée régulière de la Synarchie. Skabel alla dans sa direction, et Ilm le suivit. Ils entrèrent dans un petit hall aux murs à nouveau blancs. Un paquet était posé à même le sol. L’androïde le prit et le tendit au jeune garçon. À son invective, Ilm l’ouvrit et constata qu’à l’intérieur se trouvait une veste en cuir blanche ajoutée de quelques traits azurés la traversant de part et d’autre, et dont l’ouverture au milieu se refermait grâce à une zone aimantée. Elle était accompagnée d’un pantalon tout aussi clair et parfaitement épuré.

– Voici votre uniforme de non-affilié. Vous le porterez tant que vous n’aurez reçu aucun grade. Veuillez l’enfiler avant d’entrer, et laisser l’intégralité de vos effets personnels derrière vous. Ces derniers vous seront remis à votre départ de l’armée.

Même s’il n’en laissa rien paraître, le sang d’Ilm se glaça dans ses veines. Son sac à dos contenait tous ses appareils de camouflage. Mais devant la main tendue de Skabel qui lui semblait insister, il comprit qu’il n’avait pas le choix. Il retira donc son sac et le lui tendit, à contrecœur. L’androïde le prit, puis se dirigea vers la porte automatique située à l’autre bout de la pièce. Alors que celle-ci s’ouvrait, il prononça ces dernières paroles :

– Dirigez-vous vers le bureau du sergent Birghir, qui se trouve au fond du couloir, puis à droite. Ce dernier vous expliquera comment votre vie se déroulera au sein de la caserne n°36, et en tant que membre de l’armée régulière de la Synarchie. En ce qui me concerne, je vous souhaite bonne chance.

Puis la porte se ferma, et Skabel partit.

Suivant ses instructions, Ilm se dirigea jusqu’à l’endroit qui lui avait été indiqué et arriva devant une nouvelle porte blanche, à laquelle il frappa. Elle s’ouvrit alors toute seule, sans qu’il n’ait eu besoin de la pousser. Il entra et découvrit celui qui, vraisemblablement, était le sergent Birghir. C’était un homme replet et de petite taille, légèrement voûté, chauve et aux sourcils broussailleux. Il était vêtu d’un uniforme militaire blanc qui, à la différence de celui d’Ilm, était ajouté d’un sigle sur le torse, représentant une silhouette humaine abstraite blanche sur fond gris. Et de ses deux mains, le sergent tapait comme frénétiquement des indications via un clavier numérique. Cette vision surprit Ilm au plus haut point : cette personne était-elle vraiment un militaire ?

L’homme leva la tête et se tourna vers le jeune garçon.

– Ilm Kaelder, c’est bien ça ? demanda-t-il d’une voix crispée.

– Je… oui, monsieur.

– Oui, sergent, s’il vous plaît, corrigea Birghir, avant d’ajouter : l’IA Skabel vous a-t-elle donné mon nom ?

– O-oui, sergent.

– Très bien. Eh bien, Ilm Kaelder, vous serez affecté à la chambre 103 de notre caserne. Vous évoluerez sous mon commandement direct et sous celui, indirect, du capitaine Jensen. Voici votre tablette militaire.

Le sergent sortit de sous son bureau un écran tactile qu’il tendit au jeune garçon. Il était éteint, et Birghir l’incita à l’allumer. S’afficha alors ce qui ressemblait à un planning.

– Voici les horaires auxquelles vous devrez assidûment vous tenir durant tout le temps que vous passerez dans cette caserne. Comme vous pouvez le voir, votre journée commencera à huit heures et se terminera à vingt heures. Des entraînements et des cours vous seront dispensés. Bien évidemment, il changera automatiquement en cas de mission, qu’elle soit courte ou longue. C’est aussi par le biais de cette tablette que vous en serez informé. Tout est clair ?

– … Tout est clair, sergent.

– Très bien. Dans ce cas, vous pouvez disposer.

Ilm s’exécuta et sortit du bureau. Il jeta un coup d’œil à sa « tablette militaire », et nota qu’au-dessus de l’emploi du temps était inscrit « Chambre 238 ». Il se dirigea donc vers un élévateur, et avisa le plan de la caserne durant quelques secondes. Salles d’entraînement, salles de cours, réfectoires… Il repéra finalement la zone des chambres qui se situait entre le 950ème et le 970ème étage. Il se dirigea donc vers l’élévateur et prononça le numéro de celui où il devait se rendre à voix haute. La plateforme métallique se mit alors en mouvement, puis prit de la vitesse, avant de finalement décélérer pour se stopper complètement à l’étage 951. Le jeune garçon mit pied à terre, sur un sol de pierre. Les murs étaient à nouveau blancs, mais ils étaient également assez sales. Cette caserne devait être plutôt ancienne, et la zone moins entretenue que la moyenne. C’était donc ici qu’il allait passer ses prochaines années… Il regretta immédiatement l’aspect chaleureux du Foyer Alfar, et même la fraîcheur des blocs austères des Catacombes.

Je dois aller de l’avant, se rassura-t-il tout en entrant dans la chambre qui lui avait été attribuée.

Il s’agissait d’une large pièce sobrement meublée de quatre lits dont deux surélevés. Personne ne s’y trouvait pour l’instant mais les draps étaient froissés, signe que quelques personnes les occupaient déjà. Mais sans doute se trouvaient-elles ailleurs pour l’instant. Il repéra le seul lit vierge de toute présence, qui se trouvait au sol, et alla s’y asseoir, puis il considéra à nouveau sa tablette militaire. Sa formation allait commencer le lendemain à huit heures. Après un petit déjeuner, il aurait droit à une « Formation Spéciale d’Initiation » patronnée par un certain Professeur Brogio. Il haussa un sourcil – ce nom n’était pas d’Arkashan ou de Svandia. Cette personne était sans doute issue de la périphérie de la Synarchie.

Un quart d’heure plus tard, quelqu’un entra dans la chambre. C’était un garçon de grande taille et dont les courts cheveux blonds se réunissaient en une petite pointe. Il jeta un œil au jeune garçon avant de tourner la tête d’un air dédaigneux et d’aller s’effondrer sur son lit, un peu plus loin dans la chambre. Bien qu’il fût surpris par cette rencontre particulière, Ilm ne broncha pas. Après tout, il s’agissait d’un de ses camarades désormais. Il pensa tout d’abord à aller à sa rencontre, mais le souffle qui se fit entendre après quelques secondes lui indiqua que le garçon s’était endormi. Ce souffle se changea bientôt en ronflement, et le bruit décida Ilm à se lever pour sortir de la chambre. Il s’immobilisa cependant juste avant de passer la porte. Un miroir se trouvait à sa gauche et il s’en approcha pour s’y regarder. Ses courts cheveux bruns n’étaient pas mieux coiffés que d’habitude et il était encore imberbe, mais son uniforme militaire lui donnait une prestance et une assurance complètement nouvelles à ses yeux. Se plaçant sous son meilleur profil, il se permit de rouler des mécaniques avant d’être interrompu par une voix derrière lui.

– Tu t’amuses bien, maintenant que tu es là ?

Il se retourna, empourpré, avant de souffler de soulagement : Eir était en face de lui, et elle avait toujours quatorze ans à ses yeux.

– Je ne peux pas te parler maintenant, répondit-il. Puis il secoua la tête.

Il se réveilla alors, mal positionné sur son lit. Il avait dû s’assoupir, même s’il ne savait pas trop comment. Il se leva puis regarda sur sa gauche : l’autre jeune homme était bien là, somnolant lui aussi sur sa propre couchette. Ilm entreprit alors de sortir pour de bon. Il entra dans les couloirs et commença à marcher un peu au hasard, non sans mémoriser son chemin pour être à même de retrouver sa chambre plus tard. Mais il s’ennuya bien vite, constatant qu’ici, tout se ressemblait plus ou moins : les mêmes couloirs gris et sales et les mêmes portes closes menant à d’autres chambres. Il croisait parfois d’autres de ses nouveaux collègues, mais ceux-ci ne lui adressaient pas la parole, à peine un petit coup d’œil curieux. Sans doute parce qu’il était nouveau.

Il finit par se diriger vers l’élévateur et se rendit alors compte qu’il avait oublié sa tablette militaire dans sa chambre. Il décida donc, plutôt que de continuer sa balade, qui avait déjà duré plusieurs minutes, d’y retourner et de chercher la réponse à une petite question dans le règlement intérieur qui se trouvait probablement quelque part sur cet écran digital.

En entrant, il se dirigea immédiatement vers la tablette. Elle s’était éteinte, mais se ralluma au contact de ses mains. Il appuya de la main droite sur l’écran, et comme il l’espérait, une nouvelle page s’afficha. Une sorte de menu contenant plusieurs options : « Emploi du temps », « Plan de la caserne », « Règlement intérieur ». Il ouvrit cette dernière et un long texte déroulant apparut. En premier s’affichaient les détails qu’Ilm connaissait déjà, ayant été donnés par Skabel à son entrée, concernant la séparation de tout bien matériel personnel pour toute la durée de son service. Cela ne faisait même pas une demi-heure, mais ses appareils de camouflage lui manquaient déjà. Suivaient des consignes quant au respect de l’emploi du temps puis aux différents grades et à la subordination – lorsqu’un ordre était donné par un individu, il devait être suivi par tous ceux moins gradés que lui, et le contre-ordre ne pouvait venir que de quelqu’un de plus gradé ou au moins deux personnes du même grade.

Arriva enfin la partie qu’il recherchait, concernant les « Droits de parole ». « Il est interdit pour un soldat de parler à un individu de grade différent. De même, un soldat nouvellement promu mais qui n’a pas encore reçu de grade n’a aucun droit de parole. »

Tout s’expliquait. Il était vrai que Skabel ne lui avait rien dit de plus que le fait qu’il était admis dans l’armée et serait affilié à la trente-troisième caserne. Aussi, il en vint à se demander quand est-ce qu’il prendrait du galon. Il trouva la réponse dans son emploi du temps, en pressant du doigt la zone concernant le cours du dénommé Brogio. Quelques indications supplémentaires s’affichèrent alors. « Cette formation d’une semaine vous permettra d’obtenir votre première gradation au sein de l’armée régulière de la Synarchie. » Ainsi la Formation d’Initiation aurait ce but. Cela signifiait aussi probablement qu’il n’aurait aucun « droit de parole » jusqu’à la semaine suivante. Mais il secoua la tête pour chasser les mauvaises pensées de son esprit.

Je suis passé par la mort de tous mes proches et la destruction de mon chez-moi. Une semaine de mutisme, à côté de ça, ce n’est rien.

Puis il éteignit la tablette militaire, qu’il posa à même le sol à côté de lui, et s’endormit sur son lit, en rêvant de sa future carrière, et des Jeux.

 

III

 

Il se réveilla à huit heures précises exactement en même temps que ses sept autres camarades qui occupaient la chambre. Cette dernière était alors complètement envahie d’une fumée grisâtre et il crut à un incendie. Mais avant qu’il n’eût le temps de paniquer, elle s’infiltra dans le sol en même temps que le bruit d’un aspirateur se faisait entendre. L’esprit embrumé, à genoux sur son lit, Ilm peinait à comprendre ce qui venait de se produire. Les autres jeunes gens, eux, ne semblaient pourtant pas s’en formaliser, et commençaient à se tirer de leur lit à grand peine. Puis une nouvelle ration de fumée envahit la chambre, projetée depuis des conduits d’aération dont les plaques trouées de l’entrée étaient situées en haut des murs. Celle-ci était verdâtre, et alors qu’Ilm s’apprêtait à bloquer sa respiration, il sentit ses muscles engourdis se détendre, ses paupières s’alléger et son envie de bâiller disparaître. Il réalisa alors tout de suite que ses nouveaux collègues étaient déjà presque prêts, et s’empressa d’enfiler les bottes blanches en caoutchouc synthétique fournies par Skabel la veille avec le reste de son uniforme, lequel était toujours sur lui car, bien plus fatigué qu’il ne l’avait réalisé lui-même après sa série d’examens, il n’avait même pas envisagé de l’enlever pour être plus confortablement installé avant de s’endormir.

La Salle d’Initiation 302 était une pièce ressemblant fortement à celles où Ilm avait passé ses examens d’entrée. Mais elle était plus grise et moins bien entretenue. Quelques pupitres s’y trouvaient, les uns réservés aux élèves et un autre, plus grand, devant eux, au professeur. Ce dernier n’était pas encore arrivé lorsque Ilm entra dans la pièce, un peu en retard. Les quelques autres élèves étaient déjà là et lui adressèrent un rapide coup d’œil avant de détourner à nouveau leur attention. Le jeune garçon repéra un pupitre et une chaise vides et alla s’y installer. Sur ces mêmes espaces se trouvaient des claviers numériques et des écrans holographiques pouvaient être allumés en appuyant sur un bouton. Certains de ses collègues l’avaient déjà fait et profitaient de l’attente pour vagabonder sur le réseau.

Une porte automatique s’ouvrit soudain dans un froissement d’air, devant lui, et une femme entra. Elle était habillée d’un uniforme militaire mais des galons étaient visibles au niveau du tronc, sous la forme de trois bandes partant de la droite et s’arrêtant au milieu. Ses cheveux roux étaient longs et volumineux, et des tâches de rousseur encadraient un visage espiègle et marqué par quelques rides lui donnant un âge supérieur à la cinquantaine. Elle sourit en avisant ses nouveaux élèves.

– Debout. Salut militaire. Asseyez-vous.

Les élèves s’exécutèrent à chacune de ses paroles. Puis une fois que tous se furent rassis, elle reprit :

– Je suis le Professeur Brogio. Vous êtes ici pour apprendre les rudiments de ce que vous allez faire pendant ces prochaines années, et peut-être jusqu’à la fin de votre vie, dans le bon comme dans le mauvais sens du terme.

Tout en parlant, elle se déplaçait dans la salle de classe d’un pas lent, scrutant les élèves des yeux en produisant un son court mais fort avec ses pas. Comme si elle appuyait délibérément sur le sol avec ses chaussures réglementaires.

– Vous vous demandez peut-être pourquoi vous devez vous rendre dans un cours d’initiation dans la mesure où vous tous, ici présents, avez passé votre examen d’entrée il y a tout au plus une semaine.

Elle se racla la gorge et marqua une pause, comme pour accentuer son effet.

– Mais il y a énormément de choses que vous ne savez pas encore. Et si vous le savez… eh bien, évitez de le faire savoir. L’auto-défense, le maniement des lames et des armes à feu, le développement de votre instinct de survie pour certaines espèces d’entre vous… je ne vais pas tout vous citer maintenant, pour la simple et bonne raison que cela va être le travail d’une année complète. Durant une année, vous ne partirez pas en mission, à moins que nous manquions de militaires et ayons donc besoin de chair à canon. Chacun de ces cours aura une fonction différente, et le tout sera ajouté du reste des entraînements quotidiens que vous avez sur vos emplois du temps.

Une nouvelle pause. Le Professeur Brogio reprit sa respiration avant de conclure son discours introductif :

– Maintenant que les bases ont été clarifiées, nous allons pouvoir entrer dans le vif du sujet avec notre tout premier cours… d’histoire de la Synarchie.

Un discret soupir généralisé se fit entendre dans la salle. Et Ilm se demanda pourquoi il n’était pas vraiment surpris.

 

IV

Inspire… Expire… Inspire… Expire…

Maintenir un rythme soutenu. Allez, plus qu’un tour.

Inspire… Expire… Inspire… Expire…

Bordel, je n’en peux plus…

Inspire… Expire… Inspire… Expire…

C’est complètement exténué mais bel et bien premier d’un groupe de cinquante autres soldats en formation qu’Ilm arriva au bout de cette course de triple mille cinq cent mètres, une épreuve endurante que d’aucun assimilait à de la torture, mais à laquelle il avait étrangement pris goût, même si elle le faisait toujours souffrir sur la deuxième partie. Il arrivait néanmoins presque à chaque fois en tête et se permettait même de toujours mettre une longueur d’avance au peloton, tout en étant concurrencé par quelques rares autres collègues. Alors qu’il était occupé à reprendre son souffle, la tête en avant et les bras accrochés à une rambarde métallique, le sergent instructeur, un homme d’âge mûr mal rasé et au crâne légèrement dégarni du nom de Knutson, l’interpella.

– Kaelder ! Tu es convoqué en salle 357 par le général Hemmer, à seize heures. Vu le grade, c’est important, mais je n’en sais rien, en tout cas tu ferais bien de te dépêcher.

– Euh… Je… Oui, sergent ! balbutia Ilm, abasourdi.

Être convoqué par un général ne pouvait signifier qu’une chose : il allait être envoyé en mission. Il avait déjà entendu parler de ce genre de convocation par des collègues à lui. Certains d’entre eux, qui étaient déjà là depuis plus longtemps, étaient partis du jour au lendemain suite à une convocation de ce genre. En outre, la salle 357 avait une grande capacité d’accueil, et y être convoqué signifiait qu’il s’agirait d’une mission d’envergure importante.

En jetant un coup d’œil à sa tablette militaire, posée sur un banc de bois rudimentaire, Ilm constata qu’il ne lui restait que vingt minutes. Il s’empressa donc de la prendre avec lui avant de se diriger vers les douches. Il alla ensuite dans la salle de séchage, puis en sortit pour enfin enfiler son uniforme. Lorsqu’il arriva, un peu plus tard, devant l’une des entrées de la salle 357, il avait encore cinq minutes d’avance. Il soupira et avança d’un pas, pénétrant dans le champ de détection de la porte automatique, qui s’ouvrit pour le laisser entrer dans la salle.

À l’intérieur, l’écho de nombreuses discussions silencieuses se faisait entendre. Un certain nombre de jeunes soldats étaient déjà présents. Tous avaient entre dix-huit et vingt-cinq ans, mais aucun d’eux ne faisait partie de l’armée depuis plus d’un an. En effet, même si en théorie, la préparation en durait deux, la plupart des militaires étaient envoyés sur le terrain avant l’écoulement de ce délai, car quand bien même le nombre de soldats composant l’armée était d’un milliard de recrues, la Synarchie couvrait un grand nombre de planètes, dont plusieurs étaient elles aussi densément peuplées. De fait, après un an de formation, ils étaient inscrits en tant que réservistes et se retrouvaient assez vite sur des missions, même s’il était rare, à moins d’un conflit global qui n’était plus arrivé depuis deux siècles, qu’ils soient directement envoyés au devant du danger.

Il n’y avait aucune chaise dans la salle, hormis le siège avec dossier situé tout à l’avant, mais qui était assez logiquement consacré au général. Ainsi, Ilm se contenta de s’approcher du groupe de soldats qui occupaient toute une partie de la salle elle-même. Après quelques minutes d’attente supplémentaires, le général Hemmer entra par la porte située du côté du siège, et ne chercha pas à s’asseoir dans ce dernier. En effet, c’était un humain soixantenaire barbu qui avait une stature imposante et cherchait à en jouer lorsqu’il s’adressait à ses troupes.

– Votre attention, s’il vous plaît, dit-il en élevant la voix, laquelle était déjà audible de tous de par le micro incrusté dans le col de son uniforme blanc sur lequel les nombreux traits azurés témoignant de son ascension au sein de l’appareil militaire étaient ajoutés d’un symbole de l’armée de la Synarchie.

Toutes les voix se turent en moins de deux secondes. Il n’était pas question de froisser un individu ayant droit de vie et de mort sur sa personne. Quand il fut certain de bien être écouté de tous, Hemmer reprit :

– Nous allons pouvoir commencer… Comme vous vous en doutez, la raison pour laquelle vous avez tous été réunis ici est que vous allez être envoyés en mission aujourd’hui même. Une fois mes explications terminées, vous embarquerez immédiatement. Et pour les quelques idiots qui se poseraient encore la question, non, vous n’aurez pas besoin de vos tablettes militaires là où vous allez, puisqu’elles ne fonctionnent que dans l’enceinte de cette base. S’agissant de votre mission…

Il fit une pause et se décala de quelques mètres sur la gauche. Le mur derrière lui s’éclaira, et la peinture blanche laissa place à l’image d’une planète forestière.

– La planète Kantour, donc… Ne vous attendez pas à quelque chose de spectaculaire. Il s’agit de banditisme de grands chemins, mais la milice kantourie n’arrive pas à régler le problème, d’autant plus qu’il implique des ressortissants immigrés de la planète Svandia.

Une nouvelle image s’afficha, celle d’une grande forêt parcourue par des chemins de terre parfaitement droits.

– Nous allons donc quadriller la zone concernée de nos forces armées de manière discrète et rapide, et chercher à mettre la main sur la plus grande partie des responsables. L’idée bien sûr, est de démanteler leur groupe par la suite, en passant leurs membres au DPN.

DPN signifiait Détecteur de Pensée Négative. Cela servait, de manière plus générale, à extraire le cortex cérébral de la personne concernée, à maintenir ce dernier en vie grâce à des tubes nutritifs, tout en sondant les zones mémorielles pour récupérer le plus d’informations possibles. Inutile de préciser que l’individu concerné ne survivait pas.

– Vous serez armés de miniguns à charge de plasma automatique, et de sabres renforcés. Nous allons à la chasse aux bandits, et ces derniers possèdent souvent des armes au corps-à-corps, il faudra logiquement que vous y soyiez préparés. Néanmoins, durant le temps que vous avez eu depuis votre adhésion, vous avez été entraînés pour ce jour. Vous avez tous plus ou moins d’expérience, et il sera évidemment primordial que vous suiviez la stratégie que je vous transmettrai et les ordres qui arriveront à vous par l’intermédiaire de vos capitaines d’escouades. Vous rencontrerez ces derniers sur place.

Il soupira, et resta muet quelques secondes.

– Bon, conclut-il, je pense que tout a été dit. Nous nous retrouverons donc sur le toit dans trente minutes. Faites vos aurevoirs, peut-être vos adieux – mais je ne l’espère pas pour vous –, et montez. Aucun effet personnel. Rompez, soldats !

Même s’il n’en laissa rien paraître aux yeux des autres, Ilm était empli d’une excitation sans pareille. Depuis son enrôlement, il n’attendait rien d’autre qu’une occasion de se faire remarquer. Il avait au début pensé qu’il fallait qu’il excelle. Et c’était ce qu’il avait fait. Tout en construisant en secret de nouvelles machines de camouflage en utilisant des matériaux de récupération, il s’était montré studieux et particulièrement agile. Il se démarquait peu à distance, mais brillait en combat au corps-à-corps, surtout quand ce dernier impliquait des armes blanches. De plus, il avait achevé sa croissance et était devenu assez grand ; à cela s’ajoutait une musculature développée par un an d’entraînement. Et désormais, on l’envoyait en mission. On lui offrait par là même l’occasion de s’illustrer par un acte héroïque. Et il comptait bien la saisir.

Bien qu’il n’eût aucun effet personnel à prendre avec lui, il se rendit dans sa chambre. Une fois entré dedans, il se dirigea vers son lit. De sous le matelas synthétique, qui n’était jamais changé dans la mesure où il était auto-nettoyant, il sortit une fine et rustique enveloppe en papier. Il la mit dans sa poche pour ne pas être vu par les caméras puis ressortit de sa chambre, et se rendit aux toilettes les plus proches. Il vérifia que personne n’était en vue – tout le monde se trouvait aux entraînements – et s’adossa contre un mur, à côté de la porte. Au lieu d’ouvrir l’enveloppe, il la toucha du doigt en formant trois cercles concentriques. Le papier s’illumina, puis une petite fente s’ouvrit, et il en sortit un petit appareil semblable à un disque noir d’un diamètre de cinq centimètres. Il s’agissait en fait d’un écran, et de l’autre côté se trouvait le bureau de Garm Alfar. Ce dernier y était, et lorsqu’il vit le jeune garçon, il sourit. Ilm n’attendit pas les salutations, et transmit ses informations, en parlant le moins fort possible.

– Je me rends en mission sur la planète Kantour. Nous devons arrêter un groupe de bandits qui terrorisent les populations. Nous sommes aux ordres du général Hemmer. Je pars maintenant, et… eh bien, je ne pourrai pas communiquer avec vous pendant la mission. Au revoir.

Il replaça le disque dans la fente ouverte sur l’enveloppe, qui se referma. Puis il sortit des toilettes, l’enveloppe dans la poche, pour la remettre à sa place sous le matelas de son lit. Il soupira alors ; il était maintenant temps de partir.