CHAPITRE 3 - LE FOYER

I

Ilm resta au Foyer Alfar durant plusieurs années. La vie dans cet endroit était plutôt simple et agréable. Les journées passaient et se ressemblaient. On se levait le matin entre huit heures et neuf heures. Les enfants allaient prendre leur petit déjeuner au 171ème étage, puis, à dix heures, ou plutôt midi, tous se dirigeaient au 170ème, pour les cours du matin. À cette occasion, c’était Simi qui jouait le rôle de professeur. Il dispensait des cours d’histoire, de cartographie, de mathématiques et de physique, qui étaient, selon le vieux Garm, les trois clés de l’instruction en ce monde. À onze heures, les enfants allaient manger, à nouveau au 171ème étage, puis étaient libres jusqu’à quatorze heures, où commençaient les cours de l’après-midi, eux aussi administrés par Simi. À quinze heures, la journée se terminait et le soleil d’Arkashan commençait à décliner dans le ciel. Les enfants prenaient leur dîner à dix-huit heures, puis avaient quartier libre pour deux heures supplémentaires. Les journées de la planète Arkashan durant vingt heures, c’était donc à minuit que les lumières du Foyer s’éteignaient et que les enfants se rendaient dans leurs chambres, où ils dormaient jusqu’au lendemain matin. Et ce cycle recommençait, avec peu de variations.

Ilm ne tarda pas à réaliser que ces journées étaient plus ou moins calquées sur les Games of Glory. En effet, des matchs avaient lieu à treize heures, à seize heures et à dix-neuf heures. À ce moment, la dizaine de jeunes du Foyer Alfar s’installaient dans le salon du 167ème étage et regardaient un match sur l’écran holographique. Tout d’abord réticent à ces joutes sanglantes, Ilm finit bien par devoir s’y intéresser, ne fût-ce que pour s’intégrer au groupe, même s’il ne s’était fait aucun véritable ami au Foyer. Il existait deux types de matchs, qui différaient dans leur fonctionnement et dans l’arène où ils étaient pratiqués. Les matchs de l’Arène d’Arkashan, diffusés l’après-midi, fonctionnaient selon un système de capture de points ayant pour but de désactiver les portes de la base ennemie afin d’en détruire le Cœur Énergétique. Les matchs de la Fonderie de Svandia, diffusés le soir, consistaient à abattre un membre précis de l’équipe adverse désigné comme VIP, dans un étroit dédale de tuyaux et d’équipements miniers hors d’usage.

En vérité, toute la vie civile de la Surface d’Arkashan semblait liée aux Jeux. Dal n’avait parlé qu’une seule fois de ces derniers à Ilm, et paradoxalement, c’était lors de leur dernier cours ensemble, la veille de la purge réalisée par la Garde Synarchique. Mais Simi, lui, en reparlait régulièrement dans ses propres cours d’histoire. En effet, dès que ces derniers avaient atteint la période suivant la création des Jeux eux-mêmes, il apparaissait que la géopolitique de la Synarchie avait été progressivement associée à ces joutes. Les Games of Glory étaient devenus une partie du pouvoir exécutif et du pouvoir législatif. En d’autres termes, le Synarque, pour permettre à chacun de s’exprimer, avait laissé un peu de son pouvoir à des démonstrations de force. Tous ceux qui avaient les moyens de défendre leurs intérêts créaient une faction et entraient à leur tour dans l’Arène – c’était la raison pour laquelle un grand groupe comme la Khain Corp y participait, et était le seul en mesure de tenir régulièrement tête à l’équipe de la Garde Synarchique. L’une des factions qui avaient le plus étonné Ilm était Dead End. Ce nom se référait à la plus grande prison de haute sécurité de la Synarchie, située sur un astéroïde à quelques millions de kilomètres de la planète Arkashan, soit la zone peuplée la plus proche. Les dirigeants de la prison avaient entrepris de créer une faction et d’envoyer les détenus les plus aguerris dans l’Arène. Les prisonniers qui obtenaient ce droit étaient bien souvent des condamnés à perpétuité, voire à mort, et combattant pour pouvoir continuer à servir les intérêts de leur faction. Ils pouvaient y gagner de meilleures conditions de vie, et la prison cherchait par là même à se constituer un budget plus important. L’un des combattants, Pinto, un Krespo à quatre bras, une espèce devenue très rare dans la galaxie, avait étonné le jeune garçon, qui n’avait logiquement jamais vu le moindre de ses congénères. Les autres enfants du Foyer Alfar, eux, ne semblaient pas en être étonnés, et s’étaient apparemment mis à apprécier ce petit être à la peau violette, aux doigts crochus et à la langue reptilienne.

Il était impossible pour le jeune garçon de faire son deuil du massacre des Catacombes, et de même, bien qu'il y eût plusieurs personnes qu'Ilm appréciait au sein du Foyer Alfar, Simi en tête, il ne se lia d'amitié avec aucune d'entre elles. Il savait que la situation était bien différente, mais le traumatisme de la perte de tout ce qui lui était cher devait rester présent, ancré profondément en lui, peut-être jusqu’à la fin de ses jours.

II

 

– Absolument impressionnant ! s’écria le speaker de son habituelle voix exagérément enjouée. Je ne m’attendais pas à ce revirement de situation. Jördnyr fait véritablement des merveilles en tant que capitaine de la Khain Corporation, malgré le fait qu’il ait pour cela quitté la Garde Synarchique. Mais avec cette action, Byorn relance complètement cette dernière, qu’il est rare de voir en si mauvaise posture ! Les combattants du Synarque ne cessent d’être les guerriers les plus puissants des Games of Glory !

Ilm soupira avant de se détourner de l’écran holographique. Le deuxième match de la journée venait de se terminer, ce qui laissait une heure et demie aux enfants du Foyer Alfar pour faire ce qu’ils voulaient jusqu’au dîner. La plupart d’entre eux se contentaient de rester tout simplement dans le salon à discuter de la partie qu’ils venaient de voir, mais Ilm, de nature peu sociable, ne le faisait pas.

Il quitta la pièce par l’élévateur, et monta au 169ème étage, pour finir par entrer dans sa chambre. Il s’installa alors à son bureau, et enfila des lunettes de protection ainsi qu’un foulard en tissu autour de sa bouche. Il attrapa l’un des tournevis de différentes tailles qui se trouvaient à sa droite et se mit au travail. Sur la table étaient également posés un pot de peinture acrylique, des bouteilles en plastique remplies de liquides, des dosettes, un pinceau, du tissu, et devant lui, le début de construction d’une nouvelle machine à camouflage.

Là où celles qu’il concevait dans les Catacombes mesuraient toutes dans les cinq centimètres, grésillaient quand on les faisait fonctionner et ne disposaient d’aucune protection, les dernières créations du jeune garçon étaient silencieuses, plus petites et possédaient des coques de plastique qui leur donnaient un aspect cylindrique et bien épuré. Outre l’amélioration de ses compétences, toujours acquises en autodidacte, il avait désormais accès à des matériaux de meilleure qualité et de conception plus récente.

Simi était la seule personne dans le Foyer à être au courant de ce qu’il fabriquait, seul dans sa chambre. Mais Ilm soupçonnait le vieux Garm d’en savoir lui aussi quelque chose. Comme il ne pouvait pas sortir de l’immeuble sans être accompagné d’un autre enfant et d’un membre du personnel, c’était également Simi qui lui fournissait le matériel dont il avait besoin.

Après deux heures de montage, Ilm appliqua une dernière couche de peinture sur la coque de la machine enfin finalisée. Il se leva et empoigna le tissu qui était sur son bureau. Ce dernier était gris aux étranges reflets argentés. Il le pressa quelques secondes contre la machine, le temps qu’il eût fait son office, avant de le retirer, puis de vérifier minutieusement que la peinture était bien sèche.

– Il me manque encore une loupe… pesta-t-il.

Il en avait demandé une à Simi, mais le jeune homme lui avait répondu de prendre son mal en patience du fait que ce genre d’objet était vraiment très rare, et qu’il lui serait ainsi bien plus difficile de se le procurer. Tout en attendant quelques minutes pour être certain d’avoir fini, Ilm alla jeter un énième coup d’œil à ses anciennes machines. Ces tas de métal difformes et rouillés lui paraissaient désormais bien obsolètes en comparaison de ce qu’il était désormais capable de faire, mais elles lui inspiraient surtout de la nostalgie. La nostalgie de sa vie dans les Catacombes, et des longues minutes qu’il passait à échapper à Dal lorsque ce dernier le cherchait pour l’emmener à ses cours. Il sourit légèrement, tout en continuant de les contempler. Puis il retourna à son bureau, se saisit du produit fini et se dirigea vers son lit. Il posa la machine dessus, s’agenouilla devant et sortit d’en-dessous une boîte en métal rectangulaire qu’il ouvrit, dévoilant une dizaine d’autres modèles plus ou moins ressemblants. Ilm plaça le dernier exemplaire à l’intérieur et la referma avant de la glisser à nouveau sous le lit, puis il releva la tête pour regarder l’heure sur le petit écran holographique situé sur le bureau.

– Déjà dix-huit heures…

S’il ne bougeait pas, il allait être en retard pour le dîner. Il se leva donc, enfila un pull blanc et noir puis sortit de sa chambre pour se diriger vers le réfectoire au 171ème étage de ce gratte-ciel.

 

III

 

Un jour, alors que tous les enfants du Foyer Alfar étaient réunis autour d’un match opposant la Khain Corp et Skiutera dans l’Arène d’Arkashan, Ilm posa une question qui le démangeait depuis un moment à un autre garçon :

– Je me demandais… Comment participe-t-on aux Games of Glory ?

L’enfant de petite taille et de quelques années plus jeune que lui le regarda en ouvrant grand ses yeux bleus, l’air étonné.

– Tu veux participer aux Jeux ?! s’écria-t-il.

Tous les autres se tournèrent, perplexes, dans leur direction. Tout en levant les mains devant son visage, Ilm tint à dissiper un malentendu :

– Pas du tout, pas du tout. Je suis juste curieux, et je me posais simplement… eh bien, la question, justement.

C’était peut-être un peu trop long pour me justifier, pensa-t-il, mais son interlocuteur sembla se satisfaire de cette réponse.

– Eh bien, expliqua-t-il, je ne suis pas trop sûr, mais… je crois qu’il faut s’être fait remarquer pour un fait d’armes, une capacité particulière… ou un rang haut placé. Après, soit une faction repère le combattant et lui propose d’intégrer les Jeux, soit il propose lui-même ses services.

– … D’accord. Merci.

 

Ilm avait bien vite réalisé que le moyen le plus rapide et le plus sûr pour rencontrer un jour le Synarque serait pour lui de participer aux Games of Glory, d’une manière ou d’une autre. En effet, il arrivait que le gagnant d’un match particulièrement suivi puisse remporter le droit d’avoir une discussion privilégiée avec le Synarque lui-même. Cette possibilité était liée au caractère politique revêtu par les Jeux.

Mais là encore, un problème se posait. Une capacité particulière… en avait-il une ? Il en doutait fortement. Être capable de construire des machines de camouflage lui était pratique pour se cacher, mais cela n’allait pas plus loin. Il en existait des modèles sans doute bien plus perfectionnés, utilisés par les combattants des Jeux eux-mêmes, sans oublier les espèces qui pouvaient en créer un naturellement.

De plus, Ilm se heurtait à un plafond de verre : il n’était pas haut placé et il doutait que l’ancienne appartenance de ses parents à un réseau dissident ne joue en sa faveur. Restait alors la troisième possibilité : un fait d’armes. Et pour cela, il ne voyait qu’une seule solution viable : intégrer l’armée régulière de la Synarchie.

IV

 

Trois ans, onze mois et vingt-six jours après être arrivé au Foyer Alfar, Ilm fêta ses dix-huit ans. Un anniversaire simple qui fut célébré avec tous les habitants du Foyer. Les autres enfants le félicitèrent comme s’il avait accompli un haut fait et il s'en enorgueillit lui-même quelque peu. Il redescendit toutefois rapidement sur terre quand il se souvint de l'objectif qu'il s'était fixé.

Il était alors onze heures et l'ensemble des résidents du Foyer s'étaient réunis pour lui dans le salon du 167ème étage. Simi avait même pris la peine de se procurer des confiseries luxueuses que l'on ne trouvait, d'ordinaire, que dans les quartiers riches de la Surface d'Arkashan, où vivaient les membres les plus nantis de la société. Les enfants comme les adultes tenaient tous à la main l'un de ces gâteaux que leur jeune maître d’école appelait « sablés ».

Tout le monde riait et discutait avec un certain entrain. Même Garm était sorti de son bureau pour se joindre à ces festivités. Au Foyer Alfar, chaque anniversaire était un petit événement en soi.

– Hé, Ilm, tu es avec nous ?

La voix d’une fille de taille moyenne, et au visage marqué par des taches de rousseur, ramena le jeune garçon à la réalité, alors qu’il était resté jusqu’ici plongé dans ses pensées, suivant distraitement le fil de sa propre fête.

– O… oui, ne t’inquiète pas, dit-il en esquissant un sourire.

Tout en s’efforçant de ne pas s’isoler du reste du groupe, il reprit son observation, attendant une occasion pour prendre Simi à part. Cette dernière se présenta finalement trois heures plus tard.

Ilm lui tapota l’épaule alors que Simi sortait du bureau de son père, l’invitant à l’écouter, et lui posa enfin sa nouvelle question :

– J’aimerais savoir… comment fait-on pour rejoindre l’armée ?

D’abord surpris par ce qui apparaissait comme un aveu, Simi se gratta la tête avant de lui répondre, un peu hésitant :

– Eh bien… Il faut d’abord se rendre à une caserne… Il y a un bureau de recrutement dans chaque immeuble important, de toute façon. Qu’est-ce que tu souhaites faire dans l’armée ?

Ilm avala sa salive avant d’avouer :

– … Je veux participer aux Games of Glory.

Ils se dévisagèrent pendant quelques secondes, comme si chacun voulait deviner les pensées de l’autre. Finalement, Simi sourit et lui lança un regard désabusé.

– Si c’est ce que tu veux vraiment… lâcha-t-il.

Puis il se retourna et salua Ilm de la main, avant de s’en aller.

Le jeune garçon resta planté là pendant une vingtaine de secondes. Il n’arrivait pas à interpréter la réaction de celui qui, quelques années plus tôt, l’avait sorti des Catacombes. Certes, Simi était la seule personne à être au courant de ses créations, mais il s’attendait justement à ce qu’à ce titre, il soit au moins interloqué, voire cherche à le faire changer d’avis.

Mais Simi, sans non plus approuver le projet d’Ilm, ne s’y était pas le moins du monde opposé, et cela lui apparaissait comme étrange.

– S’il te plaît, tu peux me laisser passer ?

Il reprit ses esprits en voyant et entendant qu’une fille du Foyer était en face de lui, et qu’il lui barrait la route en restant ainsi planté au milieu du couloir. Il s’empressa donc de s’écarter, puis remonta s’isoler dans sa chambre. Il se coucha et ferma les yeux pour tenter de dormir, mais n’arrivait pas à trouver le sommeil. Ses pensées étaient complètement accaparées par la suite des événements.

Alors qu’il commençait à songer à se relever pour faire quelque chose, il entendit à nouveau cette voix :

– Eh bien, tu as pris ton temps !

Cela faisait plus de trois ans qu’il ne l’avait plus entendue, mais il lui sembla que cela s’était produit la veille. Il ouvrit les yeux, et fit face à Eir, qui le regardait une fois encore avec un sourire malicieux.

– Désolé… Je ne pouvais pas quitter le Foyer avant d’avoir la majorité. Mais ne t’inquiète pas, je vais bientôt aller te retrouver.

– Vraiment ? Tu as à ce point envie de mourir ?

– Un peu, je crois. Mais si j’essaie de tuer le Synarque, je n’ai aucune chance de m’en sortir, même si j’y arrive.

– Si tu commences toi-même à douter de ta réussite, aussi…

– Tu me soutiens ? Ça fait plaisir à entendre.

– Tu pensais que ce n’était pas mon genre ? Que j’allais me jeter à tes pieds en te priant de continuer à vivre pour moi ?

– Peut-être. Après tout, nous sommes dans un rêve.

– Justement… soupira Eir, avant d’esquisser un sourire : tu m’aimes trop pour me représenter autrement que telle que tu m’as connue. C’est pour cela que dans ce rêve, tu as de nouveau quatorze ans. Ici, nous sommes égaux.

– … C’est vrai. Je ne m’en étais pas rendu compte.

– C’est parce que tu l’acceptes. Au final, à partir de là, ça n’a pas tant d’importance. Pas plus que le temps que tu as mis pour passer à l’étape suivante. Bonne chance.

– … Et ? C’est tout ?

– Évidemment. Je ne suis là que pour te réveiller un peu, mais le reste ne dépend que de toi. En parlant de ça…

La voix d’Eir fut soudain couverte par des bruits de tambour, puis elle s’évapora, comme si elle n’avait été faite que de poussière. Ilm n’eut pas le temps de s’en rendre compte car déjà il tombait et s’enfonçait dans les limbes, pour finalement apercevoir une lumière lorsqu’il rouvrit les yeux.

Quelqu’un frappait à la porte de sa chambre, et c’était ce bruit qui l’avait réveillé. Il resta immobile et hagard sur son lit pendant quelques minutes, avant de secouer la tête et de se lever non sans difficulté. Il jeta un œil sur l’écran holographique indiquant l’heure : il n’avait pas dormi longtemps et on était toujours en pleine nuit. Il ne parvenait pas à comprendre qui pouvait bien parcourir les couloirs après l’heure du couvre-feu, surtout qu’en quatre ans de vie au Foyer Alfar, cela n’était jamais arrivé.

Lorsque le détecteur de mouvements eut perçu les pas lents du jeune garçon, la lumière s’alluma, tout en restant suffisamment faible pour ne pas l’aveugler. Il ouvrit la porte, et tomba nez à nez avec Simi.

– Qu’est-ce que…

– Désolé de te réveiller. Tu veux bien me suivre ?

 

V

 

Ilm fut emmené, sans trop comprendre pourquoi, dans le bureau de Garm Alfar. Le directeur du Foyer l’attendait, assis derrière son bureau, comme s’il ne l’avait jamais quitté. Il affichait en outre un regard grave et la fatigue se voyait aussi sur son visage.

– Je vous laisse, glissa Simi avant de se retirer en fermant la porte.

Ilm, debout et seul en face de ce vieil homme intimidant, ne savait pas vraiment où se mettre. D’un geste de la main, Garm l’invita à s’asseoir sur une chaise. Le jeune garçon s’exécuta, et ce faisant, s’approcha du directeur du Foyer.

– Pour commencer, dit-il, te souviens-tu de la raison pour laquelle tu as été recueilli ici ?

Ilm réfléchit pendant quelques secondes, mais il venait de sortir de sa torpeur et la fatigue lui embrumait l’esprit.

– Parce que… les Catacombes avaient été détruites ?

– Oui, entre autres, répondit Garm du tac au tac. Mais au-delà de ça, nous t’avons amené dans le Foyer car tes parents appartenaient au GCA, auquel nous sommes liés. Moi, Simi, tout le personnel du Foyer, nous sommes issus du GCA. Tous les enfants du Foyer sont ceux des membres décédés du GCA.

Ilm ouvrit de grands yeux étonnés. Tout cela se tenait. C’était même parfaitement logique. Pourtant, en quatre ans, il n’y avait jamais pensé.

– J’ai appris par Simi, poursuivit Garm, que tu comptais t’engager dans l’armée dans le but de participer aux Games of Glory. Je vais donc en profiter pour te faire une proposition, que tu n’es pas obligé d’accepter.

Le jeune garçon acquiesça, et attendit la suite.

– J’aimerais tout simplement que tu nous donnes des informations, et joues le rôle d’agent infiltré dans l’armée. Évidemment, tu ne pourras pas nous donner bien des détails lors de ta formation, mais il est possible que cela soit utile au GCA à l’avenir.

En prononçant ces paroles d’un trait, le vieux propriétaire du Foyer Alfar avait laissé tomber toute l’amabilité qui l’avait défini jusqu’ici. Ilm reconnaissait le ton de voix des décideurs politiques qu’il avait parfois entendus dans les Catacombes. Cela lui faisait froid dans le dos.

– Alors ?

Le jeune garçon hésita. Dans l’ébauche de plan qu’il avait échafaudée, il n’avait pas prévu que l’on lui demande de faire tout cela.

– Si tu décides de refuser, ajouta Garm, tu n’auras rien de plus à faire. Après tout, tu comptais quitter le Foyer de toute façon.

En effet. Et il n’avait jamais eu de véritable attachement pour cet endroit. Malgré son aspect chaleureux et la présence de nombre d’enfants de son âge, le Foyer Alfar n’avait jamais été chez lui. Car chez lui, c’était encore et toujours les Catacombes.

Toutefois, malgré l’absence de liens, c’était bien Simi, le fils de Garm, qui l’avait sauvé de ces dernières, lui avait permis de construire de nouvelles machines de camouflage optique, de compléter son éducation et d’être hébergé pendant tout ce temps. De plus, le GCA avait un but similaire au sien, et pourrait peut-être lui venir en aide à l’avenir.

– … J’accepte, dit-il finalement, du bout des lèvres.

Garm sourit, et acquiesça. Ilm ne savait pas vraiment comment interpréter cette réaction, mais il était sûr d’une chose : aujourd’hui, lendemain de son anniversaire, était son dernier jour au Foyer Alfar. Et avec lui, c’était son adolescence qui venait de prendre fin.